Voyagez en lisant le poème "Départ" écrit par Arthur RIMBAUD (1854-1891) en 1886. "Départ" de RIMBAUD est un poème classique extrait du recueil Illuminations.

Départ

Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs !

Crépuscule à Venise

 


 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Regrets 1558 / Du bellay Joachim

 

Paul Cézanne - Vue d'AuversVue d’Auvers de Paul Cézanne en 1874


Titre : Adieu

Poète : Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Recueil : Méditations poétiques (1820).

Raymond Préaux. Bateaux au port, tableauOui, j'ai quitté ce port tranquille, 
Ce port si longtemps appelé, 
Où loin des ennuis de la ville, 
Dans un loisir doux et facile, 
Sans bruit mes jours auraient coulé. 
J'ai quitté l'obscure vallée, 
Le toit champêtre d'un ami ; 
Loin des bocages de Bissy, 
Ma muse, à regret exilée, 
S'éloigne triste et désolée 
Du séjour qu'elle avait choisi. 
Nous n'irons plus dans les prairies, 
Au premier rayon du matin, 
Egarer, d'un pas incertain, 
Nos poétiques rêveries. 
Nous ne verrons plus le soleil, 
Du haut des cimes d'Italie 
Précipitant son char vermeil, 
Semblable au père de la vie, 
Rendre à la nature assoupie 
Le premier éclat du réveil. 
Nous ne goûterons plus votre ombre, 
Vieux pins, l'honneur de ces forêts, 
Vous n'entendrez plus nos secrets ; 
Sous cette grotte humide et sombre 
Nous ne chercherons plus le frais, 
Et le soir, au temple rustique, 
Quand la cloche mélancolique 
Appellera tout le hameau, 
Nous n'irons plus, à la prière, 
Nous courber sur la simple pierre 
Qui couvre un rustique tombeau. 
Adieu, vallons; adieu, bocages ; 
Lac azuré, rochers sauvages, 
Bois touffus, tranquille séjour, 
Séjour des heureux et des sages, 
Je vous ai quittés sans retour.

[…]
Tableau :  Raymond Préaux. Bateaux au port / XX ème siecle

 

 

https://i.imgur.com/dVAd5gO.pngLe Voyage 1861 / Reccueil : Les fleurs du mal                                  Sonia Chatelain , Montgolfière, 2016

Charles Baudelaire

Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d'autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ! »

À l'accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
« Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Électre ! »
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !
 

Guy de Maupassant – L’espérance et le doute (Paris, 1871)

Lorsque le grand Colomb, penché sur l’eau profonde,
A travers l’Océan crut entrevoir un monde,
Les peuples souriaient et ne le croyaient pas.
Et pourtant, il partit pour ces lointains climats;
Il partit, calme et fort, ignorant quelle étoile
Dans les obscures nuits pourrait guider sa voile,
Sur quels gouffres sans fond allaient errer ses pas,
Quels écueils lui gardait la mer immense et nue,
Où chercher par les flots cette terre inconnue,
Et comment revenir s’il ne la trouvait pas.

Parfois il s’arrêtait, las de chercher la rive,
De voir toujours la mer et rien à l’horizon,
Et les vents et les flots jetaient à la dérive
A travers l’Océan sa voile et sa raison.

Comme Colomb, rêvant à de lointaines grèves,
Que d’autres sont partis, le cœur joyeux et fort,
Car un vent parfumé les poussait loin du port
Aux pays merveilleux où fleurissent les rêves.

http://www.photo.rmn.fr/CorexDoc/RMN/Media/TR1/WK0KEZ/99-022244.jpgL’avenir souriait dans un songe d’orgueil,
La gloire les guidait, étoile éblouissante,
Et comme une Sirène, avec sa voix puissante,
L’Espérance chantait, embusquée à l’écueil.

Mais la vague bientôt croule comme une voûte,
Et devant l’ouragan chacun fuit sans espoir,
Car le Doute a passé, grand nuage au flanc noir,
Sur l’astre étincelant qui leur montrait la route.

Paris , 1871

Bateaux sur la mer

Larsen Carl Frederick Emmanuel

 XIX ème SIECLE

 

 

 

 

 

 

 

Titre : Le relais

Poète : Gérard de Nerval (1808-1855)

Recueil : Odelettes (1853).

En voyage, on s'arrête, on descend de voiture ; 
Puis entre deux maisons on passe à l'aventure, 
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi, 
L'oeil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte, 
Une vallée humide et de lilas couverte, 
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, — 
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l'herbe et l'on s'écoute vivre, 
De l'odeur du foin vert à loisir on s'enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux... 
Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »
http://4.bp.blogspot.com/-HWD-_8FEZHI/T8ERJt2mFlI/AAAAAAAADE0/yxSlleO9wJ0/s1600/joannes_drevet_aquarelle_vallee_guisane.jpg

Vallée de La Guisane, 1931,  Joannès Drevet