Chapitre 1

1.1 Objet de la sociologie:

La sociologie est la science qui cherche a connaitre les phénomènes qui doivent leur existence au fait que les hommes vivent en groupe et communiquent entre eux. (décrire, expliquer et comprendre correctement une réalité et mettre en évidence les relation qu'entretiennent les différents aspects de cette réalité)

Un fait social est toujours le résultat de l'action sociale des individus, "est toute manière de faire, fixée ou non, d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure" ( E. Durkheim ). Un fait social est aussi institué donc préétablit, et sont des modèles de conduite. Il est le résultat non intentionnel d'actions sociales intentionnelles, il est extérieur (différent degrés) et s'impose aux individus. Ex: La structure politique, le type d'habitation, les règles juridiques; certains sont moins intérieurs tels que le langage, les croyances, ce sont les faits de mentalité ou de conscience

L'action sociale se produit dans un cadre qui est constitués d'un contexte de faits sociaux et est une conduite qui doit son existence aux interactions sociale des individus.

Max Weber distingue 4 types d'actions sociales :

1/ de façon rationnelle par finalité: se base sur les attentes que les acteurs peuvent avoir vis a vis du comportement prévisible des autres hommes. Confronte les moyens et les fins Ex: assassinat par préméditation

2/ de façon rationnelle par valeur: repose sur la croyance en la valeur intrinsèque et inconditionnelle d'un comportement, indépendamment de son résultat. Ex: dignité, devoir, piété, rendre un portefeuille trouvé

3/ de façon non rationnelle, affective ou 4/ traditionnelle: repose sur les sentiments, des passions ou sur la coutume Ex: vengeance

Norbert Elias propose de recourir a une notion de "configuration" afin d'éviter de donner l'impression que la société se compose de formations situées hors du moi, de l'individu, d'un mur invisible. "de nombreux individus qui de par leur dépendance réciproque, sont liés entre eux de multiples façons formant ainsi des associations interdépendantes ou des configurations dans lesquelles l'équilibre des forces sont plus ou moins instables". Dans cette perspective, la sociologie est la science qui cherche a décrire les configurations, à en retracer la genèse et à en saisir les principes de transformation.

Remarque: La notion de configuration fait apparaître une conséquence importante: l'incertitude qui caractérise la vie sociale. Par exemple, le jeu. Plus les joueurs sont de forces égales, moins il leur est possible de contrôler le déroulement du jeu. On peut exprimer la même idée positivement, le déroulement du jeu exerce un pouvoir sur le comportement et la pensée de chacun des joueurs.

1.2 Démarche de la sociologie:

1.2.1 Règle de la totalité:

Un fait social doit toujours être remis dans le contexte qui lui donne son sens. Totalité signifie ici que toute les relations significatives doivent être prises en considération. (souvent : société dans son ensemble, Ex: le système éducatif; l'activité professionnelle des femmes)

1.2.2 Les faits sociaux doivent être considérés comme des choses:

Cette règle signifie qu'il faut reconnaître aux faits sociaux le même degré de réalité que celui qu'on reconnait aux choses. La chose étant un objet de connaissance qui ne peut être expliqué ou compris de manière immédiate. Il faut rejeter toute sociologie spontanée (introspection, intuition, prémonition) basée sur un sentiment de familiarité, c'est la règle de l'ignorance consciente. C'est un idéal à atteindre en tant qu'attitude mentale du sociologue.

1.2.3 La cause d'un fait social doit être recherché dans d'autres fait sociaux:

E. Durkheim: Les conditions déterminantes des faits sociaux ne sont jamais des états psychologiques, ils sont au contraire les conséquences, ils résultent des structures sociales. Les faits sociaux ne peuvent s'expliquer par le seul fait qu'il ont une utilité ou une fin.

Découle une certaine conception de la nature humaine:

- basé sur la socialisation de l'homme qui domine les instincts primitifs, qui canalise les impulsions biologiques et les transforment en impulsions sociales (Ex: solidarité, désir d'appartenance)

- neutre, elle est constituée seulement de potentialités qui seront ou pas exploitées et développées par la socialisation, laquelle permet d'intérioriser les valeurs de la société.

- "être relativement rationnel", orienté vers des buts reconnus par la culture

- "être relativement conformiste", de par la socialisation, en quête d'approbation et dépend des rapports sociaux.

Conséquence:

- Les explications des différence entre les peuples sont recherchées au niveau des formes d'organisation politique, économique et sociale.

- Les phénomènes de pathologie sociale sont considérés comme des produits de la structure sociale (on peut faire une critique, Ex: crimes collectifs) et des positions de ces individus dans celle ci.

1.2.4 Règle de la construction du fait:

Les données empiriques sont indispensables tout comme la spéculation théorique (cadre). Les faits sociaux évoluent sans cesse sous l'influence de facteurs innombrables. L'expérimentation est difficile dans les grands groupes, il existe néanmoins des technique qui permettent e se rapprocher des conditions expérimentales. Les expérience virtuelles (Pareto), l'analyse comparative et l'analyse longitudinale.

1.2.4.1 Les résultats des enquêtes sociologiques doivent être interprétés avec précaution: l'exemple des sondages

-échantillon représentatif, lié a la méthodologie, limite de confiance

1.2.4.2 Les interactions entre variables: L'analyse multivariée (urbains ruraux , moit moit)

1.3 Naissance de la sociologie:

Elle est née au 19ème siècle, même si les questions qu’elle traite ont déjà été abordées avant par les penseurs, grecs tout d'abord. Passons les noms qui nous sont inutiles… Sauf Montesquieu.

Montesquieu, dans « L’esprit des lois », propose une théorie du contrôle social. Ce qui

signifie que chaque société est soumise à certaines contraintes. Cependant, les hommes

possèdent une liberté dans cette contrainte, tellement grande que se pose un problème : la

cohabitation.

Montesquieu propose alors 3 structures de contrôle social : la coutume, la loi, et la religion. Chacune est complémentaire. Si l’une est faible, une autre compense.

C’est une conception plus tard reprise par Tocqueville qui est assez importante : une société devrait être abordée comme un ensemble au sein duquel les éléments peuvent s’influencer mutuellement.

Si elle est née, c’est à cause de 3 facteurs :

- L’Europe était très instable politiquement, et la grande préoccupation de l’époque était de savoir comment résoudre ces problèmes.

- Le développement industriel crée le prolétariat urbain, ce qui inquiète beaucoup. Beaucoup d’enquêtes seront réalisées sur les conditions de vie des ouvriers. Cette prise de conscience est à l’origine de la question sociale.

- Les sciences naturelles connaissent un essor considérable. L’organisme est considéré

comme un ensemble d’éléments interdépendants ayant chacun une fonction, cela aura beaucoup d’impact sur la sociologie. De plus, les théories de l’évolution de l’espèce de Darwin influencent Auguste Comte et Spencer, qui pensent que les sociétés sont soumises à une loi qui les ferait progresser.

Mais d’où vient le nom de sociologie ?

C’est Auguste Comte qui l’a instauré. Il part de la démarche de dire qu’une science part de

ce qui est observable pour se rapprocher le plus possible de la vérité du fait.

Il énonce 3 états avec lesquels une analogie est faite avec l’évolution de l’homme :

Etat théologique, lors duquel on fait appel à des agents surnaturels pour expliquer les

problèmes. L’homme est théologien dans son enfance.

Etat métaphysique, où les causes ultimes, les forces abstraites sont invoquées comme explications. L’homme est métaphysicien dans sa jeunesse.

Etat scientifique, où on établit des relations entre les faits. On cherche les lois plutôt que les causes. L’homme est physicien dans sa maturité.

Il manquait selon Comte une science pour les phénomènes plus complexes que la physique, l’astronomie, etc. : les sciences sociales. Il voulait utiliser l’expression de physique sociale, mais le terme était déjà utilisé par Quételet. Il se base alors sur la biologie pour appeler cette science la sociologie. Il cherche à établir un système social qui garantisse la stabilité politique et sociale, cela par l’idée de consensus où le pouvoir temporel est la force matérielle et le pouvoir spirituel organise la vie et activités communes des hommes et de créer un consensus

autour de la hiérarchie temporelle.

La sociologie au 19ème siècle est donc abordée de manière scientifique et sous 2 formes:

Elle est une science qui a recours aux mêmes méthode que la science de la nature. Comte, Spencer, et Durkheim.

Elle est une science de la culture. Son objet est différent des sciences naturelles et doit donc être abordée de manière différente. Weber.

 

Chapitre 2 Les principales théories "fondatrices" et les grandes orientations théoriques:

2.1 Emile Durkheim 1858-1917:

Sociologue par excellence. Pour lui, la socio est une discipline à part entière ayant pour méthode et objet les faits sociaux.

Ces faits sociaux sont réels et extérieurs aux individus. Cette extériorité implique une contrainte sur l’homme. Sans contrainte, pas de fait social. La vie sociale ne peut exister que si ces contraintes sont respectées. Pour parler avec quelqu’un, il faut connaître sa langue.

Cette contrainte vient de l’autorité morale exercée par la société sur les individus. Cette autorité vient elle-même de la solidarité (manière d’organiser les rapports entre les hommes). Elle est le départ de l’évolution de la société.

Une solidarité existe selon la division du travail, la répartition des tâches,… Si celle-ci change, la solidarité change aussi. Si la division du travail augmente, la spécialisation augmente de même, et la solidarité se transforme, ce qui influence l’autorité morale et donc la contrainte.

Selon Durkheim, il existe 2 sortes de solidarité :

1. Mécanique: Peu de différences entre les individus. cohérence par la similitude, ils adhèrent donc aux mêmes valeurs, la division du travail est peu poussée.

Si cette division augmente, on passe à une solidarité organique

2. Organique: Spécialisation des tâches particulières, cohérence par la complémentarité, l’interdépendance, chacun possède son autonomie, sa liberté, son rôle.

Un principe d’évolution a déjà été trouvé chez Comte et Spencer, mais Durkheim diffère d’eux par sa recherche d’explication sociologique de la division du travail, contrairement aux 2 autres touristes que présentaient des règles sans rien expliquer.

Les 3 facteurs invoqués pour expliquer la division du travail sont :

1. Le volume de la population: Volume grand, donc besoin de nourriture. Appel à la technique pour augmenter la productivité.

2. La densité de la population: Plus la densité augmente, plus grande sera la division du travail.

3. La densité morale: Plus la communication entre les hommes, rendue nécessaire par les

exigences de coordination, augmente, plus grande sera la division du travail et la complexité des réseaux de communication.Cela rient bien dans l'idée qui dit qu’un fait social doit être expliqué par un autre fait social. Ce passage du mécanique à l’organique est lié à l’idée d’individualisme, la division du travail donne naissance à l’homme comme être autonome, même s’il peut garder certaines valeurs communes avec d’autres gens. Apparaît alors la notion de liberté individuelle, et de respect de certains impératifs sans lesquels la vie sociale n’est pas possible.

Ainsi, selon lui, la socio est la science des institutions, car la cohabitation des hommes faits que certaines règles et organisations apparaissent : les institutions, faits sociaux relativement durables.

Pour montrer les rapports entre l’individu et la société, il réalise une analogie avec la société, où un homme (individu) dans un groupe (société), se suicide. Et il démonte par la même occasion les théories précédentes par l’utilisation de données empiriques. Pour expliquer ses taux de suicide, il utilise 2 autres faits sociaux, processus : l’intégration et la régulation.

1. Intégration:

Cela part du bas, le groupe tente de faire adhérer ses membres à un idéal qui les dépasse, qui n’est pas leur à la base, comme le nationalisme, …

· Intégration insuffisante - Suicide égoïste. Ils n’ont pas d’idéal commun, ils sont livrés à eux-mêmes. Les célibataires se suicident plus car ils n’ont pas de famille à laquelle se raccrocher.

· Intégration excessive - Suicide altruiste, se perd dans le collectif, l'individu n'existe plus. (kamikazes)

2. Régulation:

Cela vient du haut. La société tente de mettre des limites aux besoins des individus. Que leurs désirs soient conformes à ce que la société peut leur donner. Il faut donc des règles, des normes,…

· Régulation insuffisante - Suicide anomique. Les normes sont floues, voire absentes. Il peut être soit conjugal, où un grand changement dans la vie bouleverse les principes qui la réglaient. Ou il peut être économique, lors de crises ou de boom économiques, et se caractérise par une incertitude quant à l’avenir.

· Régulation excessive - Suicide fataliste. Trop de règles, l’individu a l’impression d’être face à un mur, sans aucune issue. Dans les pays où le divorce est interdit, ce suicide arrive aux femmes mariées sans enfants où le couple ne va pas bien du tout.

2.2 Vilfredo Pareto 1848-1923:

Pareto est ingénieur de formation, il observe une démarche empirique. Il veut fonder une sociologie "logico expérimentale" ("Traité de sociologie générale"). Logique car on déduirait les conséquences des relations observées et expérimentale parce que l’expérience serait le critère de scientificité.

Il voudrait construire un système d’équations mathématiques qui rendrait compte du fonctionnement du monde social. Il fait la distinction entre la science économique et la sociologie, car la première serait le point de départ de se réflexion. Elle s’occupe des actions logiques. La sociologie, elle, s’occuperait des actions non logiques. Les actions logiques sont celles où il y a une relation objective entre les moyens utilisés et les buts poursuivis, et une relation subjective du même type chez l’acteur. La construction d’un pont par un ingénieur est une action logique car il utilise les moyens adéquats (ouvriers, matériaux,…). La relation moyens - fins est objective et subjective. Les actions non logiques sont celles où il y a un problème d’adéquation entre les moyens et les buts. Prier pour qu’il pleuve. Aucune relation objective entre les moyens et les fins.

Pareto considère la société comme un système : le système social. Il estime qu’il y a derrière les actions des individus des tendances, dont les 2 plus grandes sont :

· La persistance des agrégats : qui fait que les individus ne veulent rien changer aux choses car elles sont bien comme ça. La tradition, la religion.

· L’instinct des combinaisons, qui fait que l’on met des choses en rapport, créant ainsi de nouvelles institutions ou de nouvelles idées.

Ces 2 tendances agissent sur les individus de manière opposée. L’état du système social dépendra de leur puissance respective, et l’évolution sociale du jeu de ces forces (et quelques autres).

Ce genre de constatation permet une sorte d’expérimentation mentale : l’expérience virtuelle. Cela permet de se demander si telle ou telle variable avait changé dans l’équation. On peut faire des pseudo expériences qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la société.

Ce système est cohérent, équilibré. Mais pour qu’il puisse fonctionner, il faudrait construire un grand tableau où toutes les variables interviendraient, ce qui est impossible.

Pareto s’en est rendu compte. Néanmoins, ses travaux ont eu une grande portée grâce à sa notion de système social. Surtout aux USA où un certain L.J. Henderson, inquiet face à la société américaine, a vu en Pareto la probable solution de ses préoccupations. Il sera à l’origine d’une mode appelée « parétophilie ». Les limites du système de Pareto sont difficile à concevoir et pratiquement inconcevable. Henderson va le restreindre : la relation entre un médecin et son patient,… Henderson introduit aussi l’équilibre comme un état normal, stable, alors que Pareto le traduit par une idée de cohérence du système, qui en autorise l’analyse.

2.3 Karl Marx 1818-1883:

2.3.1 Sa méthode comporte 5 caractéristiques importantes

· La primauté du matériel: C’est le monde matériel, tel qu’il existe, qui explique le développement des institutions, dans une société. (antispiritualisme). L’infrastructure y joue une place primordiale, mais d’autres éléments interviennent aussi : la conscience sociale, la superstructure,… La société change, évolue, et c’est le monde matériel qui explique les caractéristiques de l’évolution de la société.

· La stabilité est une situation exceptionnelle: La société est en évolution constante. La matière est en mouvement : elle évolue, se transforme. Le facteur temps est très important.

· Aucun phénomène social ne peut être compris en dehors de son contexte.

· Chaque phénomène doit être envisagé comme une contradiction entre 2 composantes: Il fait intervenir la dialectique. Le nouveau est le résultat d’une synthèse entre la thèse et l’antithèse. Il est donc impossible de revenir en arrière, contrairement la théorie de Pareto. La bourgeoisie crée le prolétariat qui renverse la bourgeoisie et crée un nouvel ordre.

· Le lien entre théorie et pratique: La théorie n’a de sens que si elle débouche sur la pratique. La pratique sociale alimente aussi en permanence la théorie.

2.3.2 Deux composantes originales de sa méthode

1) La conception du temps: Chez Pareto, il est facile de prévoir l’avenir du système et on peut revenir en arrière puisque c’est un système d’équation dont il suffit de changer les variables et d’observer. Chez Marx, le temps est irréversible puisque la synthèse qui résulte de la solution apportée à la contradiction est nouvelle et peu prévisible, car on ne sait pas comment les contradictions seront résolues.

2) La notion de classe sociale: On trouve dans l’œuvre de Marx 3 définitions de la classe sociale, utilisées dans des contextes différents.

· Le critère de distinction des classes sociales est l’origine des revenus permettant aux individus de vivre. Ce qui donne 2 classes sociales : les propriétaires, et les travailleurs.

· Le critère est l’activité économique est le mode de vie. On a alors 7 classes sociales : bourgeoisie financière, industrielle ou commerçante, petite bourgeoisie, classe paysanne, prolétariat, et sous-prolétariat.

Cette définition ne contredit pas la 1ère, il l’utilise l’une ou l’autre selon les contextes. Celle-ci par exemple lorsqu’il analyse des situations historiques concrètes.

· Cette définition est subjective et repose sur les critères de la 2ème définition à laquelle on ajoute la conscience d’appartenance à une classe sociale. Les individus ont conscience de leur appartenance, de leur unité et de leurs différences avec les autres groupes.

Marx a donc une double conception de la classe sociale. Une objective, et une subjective.

2.4 Max Weber 1864-1920:

Durkheim, lui, s’oriente vers les sciences de la nature, mais Weber, lui, vers les sciences

de la culture, telles les sciences politiques, le droit,… Selon lui, la sociologie cherche à comprendre les actions sociales en se référant au sens que les acteurs confèrent à leurs actes, au sens subjectif des conduites, ainsi qu’à ses conséquences sur la société.

Il estime que les faits sociaux passent par les institutions, (comme Durkheim), mais que la

connaissance de l’action sociale passe par la compréhension du sens que l’individu lui donne.

2.4.1 Les sciences de la culture sont compréhensives:

La compréhension de la conduite humaine est immédiate car elle peut se faire sans expérimentation. Nous sommes, si nous connaissons les règles de la société, souvent capables de comprendre pourquoi les individus agissent ainsi. (Weber distingue 4 types d’action sociale)

2.4.2 Les sciences de la culture sont historiques:

Elles partent toujours d’une situation déterminée, singulière, situées dans l’espace et le

temps. C’est sur cette base qu’ils tentent de comprendre le fonctionnement de certaines institutions, voire même de mettre des régularités ou des tendances en évidence.

2.4.3 Les sciences de la culture portent sur la culture:

La culture, c’est tout ce que les humains ont créé au cours de leur histoire. Les sciences de la culture essaient de comprendre ces créations humaines et les valeurs sociales auxquelles les personnes qui les ont produites ont adhéré. Ces créations se définissent par rapport à des valeurs et en engendrent d’autres.

Problème : quel est le statut de la science, dont celles de la culture ? Etat œuvre de la culture, comment prétendre à l’objectivité ?

Weber fait donc la distinction entre les jugements de valeur, subjectifs et personnels, et les

rapports aux valeurs, où celui qui analyse une réalité sociale tient compte de la place occupée par les valeurs dans la société à laquelle il s’intéresse.

Pour y parvenir, il faut des outils, dont l’idéal type : instrument permettant de penser une réalité historique donnée. Dans le capitalisme, l’idéal type a 3 caractéristiques : Des entités productives séparées de la famille, le profit comme but, l’utilisation pour y arriver, de techniques de rationalisation de l’organisation du travail et de la production.

 

 

2.4.4 L’idéal type:

Idéal type du capitalisme: Marx, Weber

· Existence d’entreprises et de travailleurs libres par rapport aux liens sociaux de type féodal.

· Nécessité de maximiser le profit, en passant par un marché.

· Recours aux techniques pour rationaliser le travail et la production.

Marx accorde une grande importance à la propriété privée ou non des moyens de production.

Weber accorde une place importante à la rationalisation de type bureaucratique. Le statut des moyens de production est peu important.

Idéal type de la bureaucratie:

· Positions, rôles relativement bien délimités et spécialisés, hiérarchisés.

· Les tâches à accomplir sont définies par des règlements, par des lois, et non par la tradition ou la coutume. Les compétences exigés sont précisées de manière explicite

et évaluées objectivement

· L’individu n’est pas propriétaire de la position qu’il occupe. Il ne peut la transmettre.

Idéal type de la domination:

La domination est la probabilité de trouver des personnes prêtes à obéir. Sa légitimité peut être :

· Légale ou statutaire, notamment dans la bureaucratie

· Traditionnelle, reposant sur le respect pour la personne qui détient le pouvoir, en raison du statut qu’elle occupe.

· Charismatique, fondée sur la confiance faite au chef, à sa personne.

Le pouvoir est une notion importante pour Weber. C’est la possibilité pour un individu ou un groupe social d’arriver à l’objectif qu’il s’est fixé malgré la résistance d’autres groupes ou individus. Plus il a de pouvoir, plus il a de chances d’atteindre son but.

Il existe différents types de pouvoir :

· Economique, basé sur la richesse

· Politique, fondé sur les privilèges légaux

· Statutaires, basé sur des formes de gratification, comme le prestige social

Attention à la différence entre pouvoir et autorité. L’autorité est la probabilité qu’on ordre

donnée soit accompli, rattaché à un statut social et non à une personne ou groupe social.

2.4.5 Le capitalisme:

Ainsi, il est intéressant de voir comment Weber analyse l’apparition du capitalisme. Il va analyser les valeurs du groupe et le genre de comportement qu’elles engendrent.

Hypothèse : certaines croyances religieuses (le protestantisme ascétique), ont créé des conditions favorables à l’apparition de la mentalité économique du capitalisme. Les protestants, dont Luther et Calvin, ne séparent pas la vie religieuse et la vie séculière, de tous les jours. Ils sont contre l’idée aussi selon laquelle c’est par l’église qu’on accède au salut, et que chacun se trouve seul face à Dieu. Donc, selon eux, réussir matériellement et dans la vie, c’est manifester la gloire de Dieu. Mais ce désir de gagner de l’argent pour réussir dans la vie n’est pas tout. L’éthique protestante recommande de se méfier des tentations de ce monde, d’y adopter un comportement ascétique. Donc, travailler rationnellement en vue d’un profit et ne pas le dépenser est une conduite nécessaire au développement du capitalisme, qui implique l’investissement. L’éthique protestante justifie donc le capitalisme. Il y a donc une rationalité dans l’action sociale, un lien entre les conduites et les valeurs puisque cette mentalité plonge ses racines, dans l’éthique protestante de l’époque.

2 remarques par rapport à Marx :

· Weber dit donc du capitalisme que c’est la religion qu’il engendre. Marx dit que c’est le capitalisme qui engendre la religion. Mais Weber étudie la naissance du capitalisme, ce qui l’a engendré.

- Une fois créé, ce système n’a plus besoin d’être soutenu de la même manière. Weber ne plaide pas pour une causalité exclusive. Il veut montrer que la religion engendre le capitalisme, mais il ne rejette pas pour autant l’inverse.

2.5 George Herbert Mead (1863-1931)

G.H. Mead s’intéresse à ce qu’il appelle le Self (qu’on pourrait approximativement traduire par « conscience de soi »). Il estime non seulement que le Self d’un individu n’est pas antérieur aux relations que cet individu entretient avec autrui, mais encore qu’il ne peut se développer que grâce à ces relations interindividuelles (qu’on appelle des « interactions sociales »).

Pour Mead, le Self est un point de vue que l’on acquiert sur soi-même. Et ce point de vue ne se construit que parce que nous sommes capables de nous regarder « de l’extérieur », c’est-à-dire du point de vue des autres. Notre Self s’élabore dans l'expérience sociale : je ne peux par exemple prendre la décision de vivre en solitaire que si j’ai acquis une expérience sociale qui me permette de le faire, et qui implique notamment que je sache ce que signifie « vivre en solitaire ».

Dans la pensée mais aussi dans les interactions sociales, on adopte un point de vue (ou plusieurs) qui est celui de notre auditoire (qui peut être imaginaire ou réel). Ce qui est important, c’est la capacité à se regarder avec les yeux des autres. Nous n'arrêtons pas de le faire pour analyser les situations dans lesquelles nous nous trouvons et pour orienter notre action.

Apprendre à regarder avec le regard des autres est à l'origine de ce que Mead appelle « l'autrui généralisé » (generalized other). Avec le temps (et donc l’expérience de la vie), nous allons progressivement cesser de considérer le point de vue des autres comme un ensemble de points de vue individuels pour nous en faire une idée générale. C’est ce qui nous permet par exemple d’imaginer une situation future, sans encore savoir avec quelles personnes particulières nous allons entrer en interaction. Cela correspond donc à l’ensemble des points de vue que je suis capable d’imaginer ou encore à l'auditoire global auquel je m'adresse dans mon dialogue intérieur. Cette capacité à prendre en considération cet autrui généralisé nous permet d’entrer en interaction avec les autres, de comprendre les autres et de coordonner nos activités avec celles des autres.

L’autrui généralisé joue un rôle central dans la construction du Self. Il permet aussi à la vie sociale de fonctionner car c’est grâce à cette capacité à prendre le point de vue des autres en considération que peuvent apparaître des significations, des règles et des valeurs sociales partagées (voir chapitre 5). Ces éléments communs deviennent des « symboles » qui permettent à chacun, grâce au langage, de comprendre l'ensemble des échanges, de prévoir le comportement des autres et de se situer par rapport à eux. L'individu est capable d'imaginer la réponse qu'il peut attendre de l'autre, de repérer les attentes qui s’expriment à son égard et donc de définir le « rôle social » qui sera le sien dans une situation particulière (voir chapitre 4).

Mead insiste néanmoins sur le fait que l’autrui généralisé ne constitue pas la totalité du Self, qui n’est donc pas entièrement socialement déterminé. Le Self contient aussi un « Je » et des « Moi ». Le « Je » (en anglais : « I ») « négocie » ou « module » les demandes provenant de l'extérieur (c’est-à-dire de l’autrui généralisé). C'est donc un morceau du Self qui réagit au monde extérieur, mais possède son autonomie. Les « Moi » sont les morceaux de mon Self qui sont déterminés par la position que j'ai vis-à-vis des autres, telle que je la perçois. Les actes et les attitudes (voir chapitre 5) des autres ont un impact sur la gamme des choix qui s’offrent à moi. La façon dont on anticipe la conduite des autres entraîne dès lors l’adoption de tel ou tel type de conduite à tel ou tel moment, dans tel ou tel contexte particulier.

Pour illustrer cette conception du Self, on peut reprendre l’analogie du jeu d’échecs de Norbert Elias (voir chapitre 1): le « Je » est le joueur capable d’autonomie (il décide de jouer tel ou tel coup) ; les pièces du jeu d’échecs sont des petits « Moi » : chacun a des possibilités et des impossibilités de mouvement liées à la position des pions de l’adversaire. Et l'autrui généralisé est le regard d’ensemble que les joueurs et les spectateurs portent sur ce qui se passe sur l’échiquier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.6 Trois grandes perspectives théoriques

 

 

 

 

Chapitre 3: Rapports sociaux et normes sociales

3.1 Les rapports sociaux:

3.1.1 Définition:

La vie sociale se caractérise par l’existence de réseaux de rapports sociaux interpersonnels, entre individus et entre les groupes. Ces rapports peuvent être permanents, sporadiques, typiques et standardisés, ou encore ténus et effervescents.

Les rapports sociaux sont à la fois le cadre dans lequel se produit l’action des hommes et

ce que les actions des hommes reproduisent ou transforment.

C’est la base. Tout groupe, organisation, institution est formé de trames de rapports sociaux. Il les engendre souvent, leur donne leur signification et leur implication. Néanmoins, il arrive que ces rapports sociaux soient antérieurs aux groupes et soient à l’origine de leur création. (Ex: Des anciens d’une école décident de fonder une amicale)

Mais les rapports sociaux initiaux résultent toujours de l’existence d’autres groupes, d’autres institutions, ou encore s’expliquent par la société globale, antérieure aux individus.

Une société constituée par la volonté des hommes est un contresens sociologique. Ces volontés individuelles (le « je ») sont d’ailleurs inséparables du contexte sociologique qui en a vu l’éclosion.

Dans les sociétés simples, où la division du travail est peu poussée, le « nous » domine largement le « je », produit de sociétés complexes, où la symbiose sociale permet des appartenances sociales multiples, où la division du travail est poussée.

Selon Eugène Dupréel, « un rapport social existe entre 2 individus lorsque l’existence ou

l’activité de l’un influe sur les actes ou les états psychologiques de l’autre », que cette

influence soit volontaire ou non, consciente ou non. Influencer, c’est agir de telle manière

que le comportement ou la pensée d’autrui soient différents de ce qu’ils eussent été sans

ce facteur.

Selon Weber, il y a rapport social lorsque l’activité qui le sous-tend est orientée de manière significative d’après le comportement attendu d’autrui.

Les deux sont complémentaires, Dupréel met l’accent sur la capacité d’influence dont les rapports sociaux sont porteurs, qu’elle soit contrainte, persuasion, échange, ou tout ensemble. Selon Henry Janne, le rapport social est alors vecteur de force sociale, base de la trame des rapports sociaux. Weber attire l’attention sur le sens, la signification dont le rapport social est porteur.

Signification ou sens qui peuvent être différents selon l’extériorité au rapport. On met donc l’accent sur divers phénomènes : cognition, pression sociale, et enfin la communication sociale. Les rapports sociaux sont les supports premiers de la communication entre les hommes et donc les véhicules d’une culture d’une société.

 

 

 

3.1.2 Les phénomènes de complémentarité sociale:

Pour décrire l’interpénétration des rapports sociaux liée à l’existence d’un terme commun à plusieurs rapports sociaux, Dupréel propose la notion de "complémentarité". Deux rapports sociaux étant reliés par un terme commun, on dire que l’un de ces rapports est complémentaire à l’autre s’il en conditionne soit l’existence, soit la nature.

AB et AC sont des rapports sociaux. Ils sont complémentaires du rapport BC car ils en conditionnent l’existence. Grâce à ces 2 rapports, B et C vont entrer en contact. Cette complémentarité crée ainsi des trames, des réseaux, inhérents aux rapports sociaux.

Notons que chaque terme d’un rapport (A, B, ou C) peut être aussi bien un individu qu’un

groupe, une organisation, une institution, une idée, une croyance commune.

Les rapports sociaux de production sont les rapports entre les hommes tels qu’ils sont conditionnés par les rapports des hommes avec les moyens de production (rapport d’appropriation ou de non appropriation).

Les rapports d’appropriation ou non des moyens de production sont complémentaires des rapports existant entre les agents car ils en conditionnent l’existence.

3.1.3 Classification des rapports sociaux:

Les rapports sociaux ont des effets sur les individus ou les groupes. Il existe énormément

d’effets (Ex: intimité, égalité, intégration, consensus, ..) et d'innombrables classification, dont nous verrons que les plus classiques.

1/ Rapports positifs et négatifs:

Les rapports positifs sont basés sur l’accord entre les termes. Les négatifs sur

l’antagonisme.

· Des rapports positifs sont nécessaires à l’existence et à la cohésion des groupes.

· Les termes ayant des rapports négatifs sont généralement rejetés hors des groupes.

Mais rapports positifs et négatifs s’entrecroisent et sont toujours présents.

· Les rapports négatifs sont souvent des rapports complémentaires, à l’origine de

rapports positifs et présentent parfois des facettes d'accords entre eux.

2/ Rapports sociaux primaires et secondaire: (Charles Cooley)

Les rapports primaires sont directs, chargés affectivement et répétés (Ex: la famille); tandis que les rapports secondaires sont formels, superficiels, et exerce un contrôle social perçu comme extérieur.(Ex: les grandes organisations bureaucratiques)

3/ Rapports communautaires et sociétaires: (Toennies)

2 stades de l’évolution des sociétés. Elle pourrait être utilisée pour analyser tous les groupes.

Communautaire

Sociétaire

· Social donné

· Caractère naturel, spontané des rapports

· Pression sociale intériorisée

· Intérêts du groupe dominent (le "Nous")

· Croyances dominent le système de

pensée

· La religion a un rôle essentiel dans

le contrôle social

· Sanctions juridiques à caractère

répressif

· Liens juridiques statutaires

· Coutume dominante dans les

modes de vie

· Aspect intérieur du groupe, forme

collective de conscience de groupe

· Social créé

· Caractère artificiel, volontaire

· Pression sociale ressentie, contrainte

· Les intérêts individuels dominent (le "Je")

· Les doctrines dominent le système

de pensée

· L’opinion publique a un rôle

essentiel dans le contrôle social

· Juridique à caractère restitutif et

préventif

· Liens juridiques contractuels

· Mode dominante dans les modes de vie

· Aspect extérieur du groupe, forme

individualisée de conscience.

 

Le communautaire est complexe car il associe des sentiments et attitudes hétérogènes.

3.1.4 Importance théorique des rapports sociaux

Les rapports sociaux sont donc porteurs d’influence, ont des significations et sont le

véhicule de la sociabilité et de la communication. Ils forment des réseaux, des trames à la

base des groupes sociaux.

D’un point de vue théorique, les rapports sociaux sont les produits du système, des

structures sociales, des statuts, des rôles institués.

On peut adopter une vision privilégiant l’autonomie des acteurs (théories interactionnistes).

3.2 Les normes sociales

Définitions - Généralités

Les normes sont des modèles de conduite observables et mesurables, fréquemment répétés, partagés par un groupe ou par un grand nombre de personnes appartenant à une société (se réfèrent donc à des valeurs sociales) et qui sont assorties de sanctions.

Elles assurent la régularité de la vie sociale et rendent compte des rôles et des conduites. Elles comprennent bien sûr les lois, les règles fixées à l’avance, et les procédures donc se dotent les groupes et les sociétés. Mais elles comprennent aussi toutes les règles non écrites : coutumes, moeurs, traditions, usages, conduites, modes de vie, habitudes de consommation, opinions exprimées,… En cas de non respect de ces normes, les sanctions peuvent être explicites (règles de droit), mais aussi implicites : réprobation, dédain, exclusion, indifférence.

Les normes sont le prolongement de certaines valeurs sociales. Lorsque ces valeurs se transforment en normes et en modèles, la vie sociale présente alors une certaine régularité et y prévaut alors une uniformité de conduite. Toute vie en société implique des mécanismes de contrôle social fondé sur l’existence des normes.

Rapports entre les normes et les opinions collectives:

D'une manière générale on peut dire que l'opinion collective crée les normes sociales par le contrôle social qu'elle parvient à imposer, par les sanctions et par les valeurs qu'elle transmet. Parfois, l' opinion collective peuvent être décalée, voire en conflit avec certaines normes, moulées en forme de règles de droit : les opinions par rapport à l’interruption volontaire de grossesse ou à la peine de mort ne coïncident pas toujours avec les lois.

3.2.1 Les règles de droit:

Les règles de droit sont des indices objectifs permettant de se faire une idée des croyances

et des conceptions des rapports sociaux en vigueur dans une société ou dans un groupe

social. Durkheim y faisait la distinction entre solidarité mécanique (nous) et organique (je)

Dans les sociétés globales où domine la solidarité mécanique, le droit doit sévir, la répression devant signifier la force du groupe et sa répugnance pour tout ce qui menace ou

paraît menacer l’unité ou l’existence du groupe.

Dans les sociétés où domine la solidarité organique, le droit devient restitutif. Il remet les

choses en état. Cette vision des choses crée une certaine opposition entre le juriste et le sociologue, à cause de ces principes immuables inhérents à un droit naturel qui inspira un 19e une certaine philosophie du droit. Pour le sociologue, le droit est un fait social, donc si le

groupe change, le droit change aussi.

- Les origines des règles de droit:

· Dans les moeurs, les coutumes, les modes de vie, les opinions,…

· Dans la volonté des groupes de juristes qui mettent en forme le droit et expriment certaines valeurs.

· Dans l’application qu’en donneront les juges.

· Dans les normes établies par les groupes dans leurs rapports entre eux pour régler leurs différends et répondre à leurs besoin.

- Les processus de désuétude de la loi, de non application des règles

· Par résistance de certains groupes.

· Par des fais de déviance qui échappent à l’application des règles de manière plus ou moins visible.

3.2.2 Les modèles sociaux

Il s’agit d’action ou de personnages qui « incarnent » certaines valeurs sociales, et qui, par leur rôle exemplaire, constituent des normes guidant les conduites collectives.

- Les modèles techniques: règlent toute une série de comportements habituels, acquis grâce a la socialisation et a l'expérience, image stéréotypée fondée sur la routine : modèles de la vie

quotidienne,…

- Les modèles culturels: symbolisent des idéaux liés aux valeurs sociales. Importants dans les religions, formes artistiques, éducation, connaissance.

La différence entre les deux tient au caractère routinier, banal des 1ers et au caractère idéal des 2nds.

3.2.3 Les phénomènes de mode:

Ces normes sont, par définition, éphémères, destinées à en remplacer d’autres, dépassées.

Elles sont donc inséparables de certains mécanismes de création et de diffusion de normes et de modèles.

Ces mécanismes sont généralement liés aux phénomènes de stratification sociale, avec ses concepts de prestige, de distance sociale :

· Invention de nouveaux modèles par les catégories supérieurs pour augmenter leur statut et prestige en se différenciant des autres couches sociales.

· Imitation de ces modèles et normes par les autres couches sociales.

Ces mécanismes sont continus puisqu’une fois rejoints, les couches supérieures recréent de nouveaux modèles, et ainsi de suite…La marque aussi joue aujourd’hui un rôle important dans les phénomènes de mode.

3.2.4 Les besoins

Les besoins sont des normes indispensables pour assurer le fonctionnement des organismes humains et le fonctionnement de la vie sociale. Elles définissent aussi les états

en dessous desquels un état de besoin sera ressenti.

Le concept de besoin désigne 2 ordres de phénomènes : l’objet du besoin et l’état de besoin.

On distingue aussi besoin objectif et culturel :

1/ Besoin objectif: Les normes relatives aux besoins objectifs définissent les éléments indispensables pour assurer l’adaptation des organismes humains et de la vie sociale au milieu extérieur.

Alimentation, reproduction, besoin de se vêtir, se protéger du froid,… Ce sont donc les conditions minimales d’existence, faute de quoi, l’individu vit en dessous des conditions normales humaines d’existence. Dans les pays industrialisés, l’Etat intervient (CPAS, chômage,…) pour assurer un niveau correct.

2/ Besoin culturel: Les normes relatives aux besoins culturels définissent des éléments indispensables pour assurer l’adaptation à la vie sociale. Ils sont donc illimités puisqu’ils peuvent englober n’importe quoi.

Paul-Henry Chombard de Lauwe pense que plutôt de s’intéresser à l’objet des besoins, il

faut considérer les besoins comme des états.

Il distingue les besoins-obligations, indispensables à satisfaire sinon il y a altération des conditions d’existence, et les besoins-aspirations, qui préoccupent s’ils ne sont pas remplis. Ces derniers se rapportent au désir d’élever sa condition d’existence. Le développement technique a permis de satisfaire de plus en plus de besoins-obligations, mais ce développement a aussi proposé de nouveaux modèles de consommation, qui ont suscité des aspirations. Le développement technique a aussi permis de satisfaire ces nouveaux besoins aspirations, qui se sont finalement fixées au niveau des structures de consommation, et sont devenues la norme, de véritables besoins-obligations, alors même que le développement permet de créer de nouvelles aspirations. Ces mécanismes sont complexes, mais dans la vie sociale, ce n’est pas toujours le besoin qui crée le désir, mais plutôt le désir sollicité par des images, qui crée le besoin.

Chombard de Lauwe insiste sur la dépendance des besoins par rapport à la situation de l’offre:

· Les besoins ne seront explicites que s’il existe une offre correspondante qui permettre à certaines images et à certains désirs de se fixer.

· Dans cette dynamique de besoins-aspirations qui deviennent besoins-obligations peut apparaître des phénomènes de distorsions, d’oblitérations de certains besoins.

En effet, ces nouveaux besoins-aspirations, peuvent des fois masquer d’autres plus anciens, voire même des besoins-obligations, relégués au second plan. Ces aspirations latentes cachées par des besoins-aspirations plus saillants peuvent être à l’origine de profondes insatisfactions, d’autant plus grave qu’elles ne trouvent pas de revendications dans lesquelles s’exprimer. On ne peut identifier les besoins aux expressions conscientes de l’opinion publique. Les études des besoins ne peuvent s’identifier à des sondages d’opinions.

Ces besoins-aspirations ou obligations qui restent cachés par d’autres peuvent venir :

· Du fait d’appartenir à des groupes multiples qui peuvent susciter des aspirations diverses voire contradictoires.

· D’un décalage entre les revendications portées par le groupe et les aspirations de ses membres.

· De l’individualisme qui s’accentue au niveau des valeurs sociales, ainsi que de l’affaiblissement des structures intermédiaires en tant qu’élément de base de contrôle social.

Chombard de Lauwe a cherché les indices qui pouvaient présager de l’existence de besoins latents, difficiles à voir puisque cachés par d’autres. Elles peuvent venir :

· De l’existence de décalages entre les conduites collectives et les aspirations.

· De faits de déviance pouvant traduire des insatisfactions, des comportements de retrait, de l’apparition de structures informelles doublant les structures formelles

d’une organisation.

· Des mouvements sociaux

· Des faits de nature psychopathologiques.

3.3 Les phénomènes de déviance

Les conduites déviantes sont des conduites qui s’écartent de la norme sociale. Les déviances sont donc des menaces pour le système social. Elles peuvent mettre en péril les institutions, mais elles montrent aussi que la société est en perpétuel mouvement.

3.3.1 Relativité de la déviance

La déviance est donc relative aux types de normes en vigueur. Si les règles changent, la conduite déviante peut devenir conformiste, tandis que de nouvelles déviances apparaîtront.

Fichter fait la distinction entre :

· déviance positive: S’écartent des normes réelles pour tendre vers le haut, vers des modèles idéaux.

· déviance négative: S’écartent vers le bas

Mais tout est subjectif, car une déviance négative peut devenir positive par après. C’est un cycle où les changements de normes peuvent même être à l’origine d’un changement de norme.

3.3.2 Les sanctions de la déviance

P. Sorokin avait insisté sur l’importance des lois pénales, des types de sanctions et de la manière dont la société les appliquait pour caractériser une société. Sorokin pensait que chaque culture développe des sanctions en rapport avec elle. Mais l’application des sanctions pose le problème de la visibilité des conduites déviantes.

Il faut faire la distinction entre contrevenants (ceux qui seront d’office punis) et déviants, car toute déviance n’est pas sanctionnée. Certaines échappent aux poursuites. Il nous faut donc considérer les rapports entre les règles explicites moulées en forme de loi et les normes réelles de conduites.

Ainsi, des conduites sanctionnées peuvent être admises au niveau des normes réelles (traverser une rue en dehors du passage), et des conduites peuvent ne pas être sanctionnées, mais désapprouvées par les normes réelles.

3.3.3 Signification de la déviance

Il faut bien se dire que le conformisme absolu ou la déviance absolue n’existe pas.

R. K. Merton a proposé de distinguer 3 types de déviances :

· Les conduites aberrantes – les règles sont transgressées, mais le déviant ne tente pas de les modifier et ne met pas leur validité en cause. Il cherchera à cacher sa déviance.

· Les conduites non-conformistes – les règles sont transgressées dans l’intention de les changer, de les remplacer par d’autres. La transgression se fera ouvertement.

· Les conduites rebelles – ce ne sont pas seulement les règles qui sont réfutées, mais même l’autorité au-dessus. Ils ne pourront dès lors s’exprimer que dans des groupes marginaux où la déviance est érigée en normalité.

3.3.4 Approches théoriques de la déviance

Dans les approches sociologiques de la déviance, on ne va pas rechercher les causes individuelles de la déviance, mais bien les facteurs sociaux. Plusieurs auteurs ont développé des théories.

Emile Durkheim et le concept d’anomie

L’anomie est une situation où les normes ont perdu de leur efficacité. Soit qu’elles disparaissent, soit qu’elles perdent de leur visibilité, soit encore qu’elles entrent en contradiction avec d’autres. L’anomie comme telle peut donc être la cause des conduites déviantes

La théorie de la déviance impersonnelle proposée par Merton

L’accomplissement inégal des rôles sociaux est pour Merton souvent causé par un conflit entre les objectifs découlant des valeurs centrales d’une société et les moyens légitimes dont disposent certaines catégories sociales pour arriver à ces objectifs.

· Conformisme - Lorsque les buts exprimant les valeurs centrales paraissent accessibles et que des moyens légitimes sont utilisés. Type d’adaptation la plus répandue, et cette fréquence élevée est indispensable à la persistance de la société.

· Innovation – Les valeurs centrales restent des objectifs, mais les moyens utilisés ne sont pas conformes aux normes considérées comme légitimes.

· Ritualisme – Lorsque les idéaux liés aux valeurs centrales paraissent inaccessibles et que les normes du groupe d’appartenance sont observées. Ils verront par exemple l’ambition comme une source potentielle de déception et feront preuve d’aspirations plus modestes, habituellement associées à plus de sécurité.

· Evasion – Forme la plus rare. Elle concerne les individus qui ont valorisé les buts liés aux valeurs centrales, mais en sont venus à les considérer comme inaccessibles avec les moyens dont ils disposent, en général suite à des échecs. Le défaitisme et la résignation sont caractéristiques de ces attitudes.

· Rébellion – Cas particulier puisqu’il s’agit d’une réaction visant à changer la structure sociale existante en vue de faire naître des buts nouveaux et des moyens légitimes nouveaux.

Merton précise qu’aux USA, l’accent est mis davantage sur les valeurs, les objectifs, que sur le respect des moyens légitimes. Ces déviances impersonnelles auront des caractéristiques différentes selon les classes sociales.

3.3.5 Les conséquences que peuvent avoir des conduites déviantes

Les conduites déviantes ont généralement des influences corrosives, voire destructrices, pour les organisations. Ces conduites peuvent déséquilibrer les rapports entre les efforts individuels et les récompenses attendues. On peut sentir de l’amertume envers ceux qui ne «jouent pas le jeu », et on peut alors ne plus avoir envie de jouer son propre rôle.

Les conduites déviantes entament la confiance et le crédit que les individus accordent aux règles et à l’organisation en général. Cela ne veut pas dire que toutes les déviances sont interdites, certaines sont tolérées. Des fois même, les déviances peuvent être profitables à la société, par exemple, lorsqu’une conduite déviante viole les règles, mais dans le but de poursuivre les véritables objectifs de la société.

Chapitre 4 Groupe, rôles et statuts sociaux

4.1 Les groupes sociaux

4.1.1 Définition:

Les groupes sociaux sont formés de rapports sociaux positifs et complémentaires. Positifs car il faut un minimum d’accord. Ce qui ne veut pas dire que les rapports négatifs n’existent pas, mais les rapports positifs doivent l’emporter. Complémentaires car les rapports sociaux ne s’établissent pas 2 à 2. Ils forment des trames, des mailles, des réseaux. Ce réseau, crée toujours un agencement, un ordre spécifique plus ou moins stable, d’où découle une force sociale spécifique au groupe, distincte de la somme des forces sociales individuelles. Elle confère aux individus qui font partie du groupe un statut, des droits, une position.

L’existence dans la société de groupes distincts est donc source de différenciation sociale.

Les rapports complémentaires ont pour terme commun des individus, mais ils peuvent aussi être constitués de système d’idées, de croyances, c’ensemble techniques, ou de rapports avec des moyens de production. N’importe quelle caractéristique commune peut engendrer des rapports complémentaires.

Attention, les groupes sociaux ne peuvent être confondus avec les groupes statistiques ou

groupes nominaux : le groupe des étudiants, des jeunes, … Celles-ci doivent être à l’origine de phénomènes de complémentarités.

Ce problème renvoie à la notion de groupe latent ou quasi-groupe de Ralph Dahrendorf.

Les quasi-groupes ou groupes virtuels, ou groupes latents sont constitués d’individus ayant des caractéristiques communes (mode de vie semblable, étudiants,…), mais ces points communs ne viennent pas d’une prise de conscience de leur position dans la relation d’autorité. Quand ces intérêts latents deviennent manifestes, on à affaire à des groupes d’intérêts (groupes sociaux), défendant ouvertement certains objectifs (intérêts manifestes).

Dans une société industrielle, les individus peuvent appartenir à plusieurs groupes, ce qui peut créer des conflits. Même si souvent ceux-ci sont limités et rares. Un individu peut être à la fois dans un groupe où il domine, et dans un autre où il suit.

4.1.2 L’action collective:

A quelle condition des groupes latents deviennent-ils des groupes au sens sociologique ?

Nous utiliserons ici la théorie de Olson sur l’action collective. Selon lui, la prise de conscience d’intérêts communs ne débouche pas toujours sur une action collective (création d’un groupe), car la défection peut être plus avantageuse. Des consommateurs mécontents vont changer de magasin au lieu de proteste.

Certaines conditions sont favorables :

· Lorsque le groupe latent est restreint et une grande contribution marginale de chacun

· Lorsque les membres sont liés par des rapports étroits, de loyauté

· Lorsqu’il y a des mécanismes coercitifs ou d’incitation directe

· Lorsque le groupe latent est fragmenté en groupes locaux, restreints (les syndicats)

· Lorsque le coût de la participation individuelle est nul ou négatif

· Lorsqu’une organisation exogène se met en place pour « représenter » les intérêts du groupe latent, souvent dans les grands groupes et quand les défections sont possibles (de nouveau les syndicats). Mais ici, le groupe latent restera le plus souvent distinct du groupe censé le représenter.

Olson attire aussi le fait qu’il existe souvent une stratégie individuelle possible : profiter des résultats de l’action des autres sans agir soi-même. Pour que la notion d’action collective émerge, alors qu’elle est peu probable, Olson fait appel à la notion d’incitation sélective, notion qui utilise des techniques pour faire baisser ou augmenter la participation. Elle peut prendre la notion de contrainte.

Oberschall part du modèle d’Olson pour l’enrichir de l’analyse de 2 ensembles de relations. D’une part, les rapports sociaux qui existent au sein du groupe social, et d’autre part, les relations entre ce groupe social et les autres groupes sociaux qui l’entourent, et particulièrement, les groupes sociaux les plus puissants.

Un intérêt majeur est qu’il souligne l’importance de réseaux de rapports sociaux et le rôle que ceux-ci peuvent jouer dans la genèse des ressources sur lesquelles le groupe peut faire reposer son action.

4.1.3. Les mouvements sociaux

Une société possède des modèles culturels qui définissent des normes sociales dans des domaines fondamentaux. Ces modèles culturels définissent des orientations culturelles pour les acteurs et la collectivité, donnent son sens aux pratiques sociales. Ce sont des représentations sociales des rapports entre l'activité de la société et sa capacité à agir sur cette activité. Leurs caractéristiques dépendent de ce quAlain Touraine (né en 1925) appelle l « historicité ».

La notion d'historicité recouvre deux éléments.

1) C'est la distance que la société peut prendre vis-à-vis d'elle-même cest-à-dire sa capacité de réfléchir sur elle-même et de donner un sens à l'activité concrète de ses membres.

2) L'emprise pratique sur le fonctionnement de la société.

Cette société peut considérer que sa capacité d'agir est :

1) faible : les modèles culturels renvoient à quelque chose qui est hors du social, méta-social. Ex : Dieu est celui qui sait, qui organise, qui fait fonctionner ...

2) forte : les modèles culturels renvoient à du social : l'action des hommes peut transformer la société.

Bref : si la distance est petite, lhistoricité est faible et si la distance est grande, lhistoricité est forte.

Les modèles culturels vont déterminer l'utilisation faite du surplus dégagé grâce à l'activité des hommes. On investit dans un sens particulier cest-à-dire au service de la créativité (de la divinité ou de la science et la technique, par exemple), ce qui permet à la société de se perpétuer et de progresser. Selon Touraine, l'historicité entraîne directement l'existence de conflits, car elle n'est en fait gérée que par une partie de la société, qui l'identifie à ses intérêts particuliers. Cette partie de la société, c'est la classe dirigeante. Celle-ci s'approprie l'historicité et cherche à l'imposer à la classe dominée. Cette dernière répond à cette domination :

par la défensive, en s'appuyant sur son identité sociale et culturelle ; 2° par la contestation du pouvoir de la classe dirigeante, en essayant d'utiliser l'historicité contre celle-ci.

Pour rendre compte de ces résistances, Touraine fait appel à la notion de "mouvement social".

Les mouvements sociaux sont une lutte pour le contrôle des formes qui peuvent être données aux orientations culturelles.

Un mouvement social est une combinaison de trois principes :

1) Il faut que les acteurs de la lutte soient identifiés et qu'ils s'identifient eux mêmes pour qu'il y ait un mouvement social (principe d'identité).

2) Il faut que les groupes sociaux aient l'impression d'affronter quelque chose d'hostile, d'être confrontés à une force sociale (principe d'opposition).

3) Il faut qu'il y ait un projet de société, une critique constructive (principe de totalité).

Dans la société industrielle, les conflits les plus importants portent sur la répartition des surplus résultant de la production de biens et services. Les principaux mouvements sociaux sont menés par ceux qui sont les acteurs de ces conflits (patronat, syndicats, mouvement ouvrier). Apparaissent ensuite des « nouveaux mouvements sociaux », dont les revendications portent sur dautres domaines (féminisme, écologie, mouvement anti-nucléaire, etc.).

La société postindustrielle est une société où la place centrale qu'occupait la production de biens et de services est prise par la production de biens symboliques (la production et la diffusion des connaissances, l'accès aux soins de santé, la diffusion de l'information ...). Le pouvoir va aussi se modifier. Dans cette société, le pouvoir de gestion consiste à prévoir et à modifier des opinions, des comportements, des attitudes, à modeler la personnalité et la culture. Et la lutte devient alors la résistance à la domination de ce pouvoir de gestion. Exemples de mouvements sociaux dans la société post-industrielle :

1) La rationalisation est un mouvement social qui propose une évolution sur base de la participation des individus au marché, au développement technique.

2) La subjectivation est un mouvement dont l'objectif est de se faire reconnaître comme individu.

D'où la « critique de la modernité » : dans la société postindustrielle, le mouvement de subjectivation reprend de la vigueur face à la rationalisation ; l'homme veut créer sa propre histoire, être considéré comme l'agent de sa propre vie. Mais cette tendance s'affirme non pas en réaction contre la rationalisation mais en complément de celle-ci. ==> rendre compatible le mouvement de rationalisation (l'accès aux biens et services) et le mouvement de subjectivation (sans pour autant que l'individu se replie sur lui-même). Pour Touraine, une société démocratique est une société qui donne la possibilité de concilier les deux.

4.1.4. Fonctions manifestes et fonctions latentes

Parmi les variantes des théories « systémiques » évoquées au chapitre 2 figurent différents types de « fonctionnalisme ».

Dans chacun, on retrouvera la même idée de “fonction” : dans chaque organisme, chaque organe a sa propre mission pour le bon fonctionnement de l'organisme. Les faits sociaux ont pour mission de répondre aux besoins collectifs de la société et au maintien de la structure sociale.

Dans cette perspective, Merton introduit les notions de fonctions latentes et manifestes. La fonction latente est celle dont les conséquences ne sont pas voulues ni perçues par les acteurs. La fonction manifeste est une fonction dont les conséquences sont voulues et perçues par les acteurs. Quand on a affaire à des fonctions manifestes, les acteurs ont tendance à percevoir les faits sociaux comme des réponses à des besoins, à tort ou à raison. Les groupes sociaux peuvent avoir des fonctions manifestes aussi bien que des fonctions latentes. Merton donne à cet égard lexemple de lappareil politique américain.

L'appareil politique américain avec ses partis et ses implantations locales très fortes a pour fonction de satisfaire un certain nombre de besoins que dautres institutions ne peuvent pas rencontrer. Les organisations mises en place par les partis se substituent par exemple au rôle rempli par l'Etat dans d'autres pays. A côté de ces fonctions manifestes, lappareil politique a des fonctions latentes :

a. Elle transforme des liens politiques en liens personnels et va ainsi entrer dans une situation de concurrence avec un certain nombre d'institutions parce qu'il est plus personnalisé, plus humanisé (cest par exemple le cas dans le domaine de lassistance fournie aux personnes dans le besoin)

b. La machine politique offre aux entrepreneurs des avantages en offrant, sur le plan local, des faveurs qui leur permettent daccéder à des marchés et de réaliser un maximum de profit (groupes économiques privés, même parfois à des organisations criminelles de type mafieux).

c. Lappareil politique permet à un certain nombre d'individus de connaître une mobilité sociale ascendante.

Conséquences pratiques : si on souhaite réformer lun ou lautre aspect de lappareil politique, il faut bien sûr tenir compte des fonctions manifestes mais aussi prendre les fonctions latentes en considération.

4.1.5 Les lois de la dynamique des groupes sociaux.

- Les groupes ont tendance à durer: Cette tendance peut même se maintenir lorsque le groupe n’a plus de raison d’être. Pour durer, le groupe a besoin de symboles, de signes, pour affirmer son existence, son unicité. L’attachement à certaines valeurs peut être un de ces symboles.

- Les groupes ont tendance à vouloir augmenter leur force sociale: Tendance à croître numériquement. Néanmoins, dans des groupes très structurés, les nouveaux venus peuvent paraître gênants.

- Quand le groupe dure et que sa force sociale se développe, il tend à se structurer: Il organise les phénomènes de complémentarité au sein du groupe. Les rapports sociaux se fixent. Emergence stable de leaders qui concentrent certains rôles en un noyau du groupe.

Les phénomènes d’émergences peuvent être de toutes sortes : un guide qui émerge dans une foule, un homme politique qui se fait élire,… L’émergence peut être le résultat de rapports sociaux basés sur la coercition, sur l’échange, sur la persuasion,…

Max Weber distingue 3 types de légitimité qui rendent la domination acceptable : sur la tradition, sur une base rationnelle-légale, sur le charisme. Le charisme est basé sur le style « extraordinaire » du leader. Les leaders charismatiques ne cherchent pas la légitimité dans les opinions. Il est très distant et exigeant.

- Lorsque le groupe grandit, sa structure tend à une spécialisation des rôles: A partir d’un certain moment, le groupe tend à devenir une organisation. Apparaît une hiérarchie des rôles et des statuts, qui permettra au groupe de réaliser certaines actions selon des règles d’action précises. Mais cette spécialisation est telle que le résultat de leur action échappe à de nombreux acteurs. Une des conditions de survie de l’organisation et de son efficacité est de

motiver ses membres. Formes très variées selon les mécanismes de contrainte et leur principe de légitimité. Selon les moyens utilisés, l’autorité sera coercitive, rémunératrice, ou normative (basé sur la persuasion). Les modalités d’intégration à l’organisation sont l’aliénation, la discipline, ou la participation.

- On observe à partir d’un certain seuil, une tendance à la bureaucratisation: Weber voyait en la bureaucratie une sorte de pouvoir rationnel-légal où chaque titulaire d’un emploi est protégé par l’arbitraire de ses supérieurs ou subordonnés, mais est aussi sous le contrôle strict des règles. Weber avait bien montré qu’il s’agissait de véritables exigences fonctionnelles d’un mode d’organisation qui devait être un instrument de pouvoir au service

des gouvernants. Il faut que les titulaires soient capables d’effectuer les tâches qui leur incombent, et qu’ils obéissent strictement aux règles, même s’ils n’en comprennent pas ou n’approuvent pas leur finalité. Cette forme d’organisation est une tendance générale car elle multiplie le pouvoir des dirigeants, et protège les titulaires des rôles de l’arbitraire. Mais cette forme de pouvoir entraîne quelques problèmes :

Les dirigeants ont tendance à se bureaucratiser pour se soustraire aux formes de contrôle démocratique.

Les emplois des organisations publiques et privées se bureaucratisent, tendant à soustraire les titulaires aux contrôles des dirigeants ou des instances qui fournissent les ressources. Cercle vicieux bureaucratique qui fait qu’il est de plus en plus difficile de coordonner les tâches, entraînant un alourdissement des contrôles qui deviennent de moins en moins efficaces alors qu’ils sont de plus en plus nécessaires.

- La croissance du groupe se traduit par une raréfaction des rapports primaires: Pourtant les sociologues pensent que les rapports primaires et secondaires peuvent être complémentaires. Les rapports primaires sont plus performants dans une organisation bureaucratique, néanmoins, ils y ont moins de place.

- Des problèmes de communication apparaissent lorsque le groupe grandit: Les communications deviennent de plus en plus indirectes. Mais arrivent alors aussi des interruptions de circuit, avec des communications incontrôlées ou qui n’arrivent pas à leur destinataire, et une mise en place de circuits informels. Ce qui pose des problèmes de communication dans l’organisation.

- A partir d’un certain point, le groupe tend à devenir une fin en lui-même.

- La croissance du groupe introduit des sources potentielles de conflit: En fait, chacune des tendances au-dessus peut être une source potentielle de conflit. Mais elle peut être aussi basé sur la répartition d’un nouveau poste, ou lié au phénomène de participation,… Mais la participation tend à s’effacer au fur et à mesure. Ce qui pose un problème car soit l’organisation dégénère lentement, soit elle remet tout le temps en cause son mode de fonctionnement.

- En grandissant, il tendra à multiplier ses buts, à devenir multifonctionnel: Ce processus, poussé à l’extrême, peut déboucher sur une tendance au développement intégral.

4.2. Le capital social

Dans les années soixante, certains économistes ont ajoutés l'idée de « capital humain », qui correspond aux aptitudes, aux habiletés et aux connaissances acquises par les individus, par expérience, éducation et formation.

En parlant de « capital culturel », Pierre Bourdieu relie explicitement un aspect du capital humain aux conditions culturelles qui en permettent le développement. Cette forme de capital englobe les connaissances ayant une valeur culturelle (musique, art, littérature). Comme tout autre capital humain, le capital culturel est influencé par la formation et l'éducation (la richesse et un statut social élevé).

La création du capital social repose sur des processus similaires. Selon Coleman, le capital social ne correspond pas à un élément unique, mais à diverses ressources1. Ces ressources ont pour origine les rapports sociaux qui relient l'individu à sa famille et à d’autres groupes sociaux, dans la vie de quartier, à l’école, dans la vie professionnelle, les loisirs, etc. Le capital social trouve donc sa source dans les interactions sociales et englobe le savoir, le sens des obligations, les attentes, la loyauté, les canaux d'informations, les normes sociales et les sanctions que ces relations engendrent. Coleman (réseaux sociaux) : le capital humain se situe dans les points du réseau et le capital social dans les lignes qui relient les points (voir 3.1.2).

La théorie des liens faibles proposée par Granovetter repose sur un classement des liens interpersonnels en fonction de leur « force », sur base de quatre critères : la durée de la relation (au sens de son ancienneté, mais aussi du temps passé ensemble), l’intensité émotionnelle de la relation, l’intimité entre les partenaires et les services qu’ils se rendent. Granovetter fait l’hypothèse que plus le lien entre deux individus est fort, plus les ensembles que forment les relations respectives de chacun se superposent. Dès lors, une information qui ne circulerait que par des liens forts risquerait de rester circonscrite à l’intérieur de parties restreintes du réseau. Ce sont au contraire les liens faibles qui permettent à l’information de circuler dans un réseau plus vaste, de sous-réseau en sous-réseau. Par conséquent, ce sont les liens faibles qui sont les plus aptes à procurer aux individus des informations qui ne sont pas disponibles dans leur cercle restreint.

S’inspirant de la théorie de Caplow sur le « troisième larron » (celui qui est en relation avec deux acteurs qui ne sont pas en relation l’un avec l’autre), Burt entend montrer la manière dont la structure d’un réseau offre des avantages compétitifs aux acteurs sociaux1. Il part de l’idée que les acteurs sociaux ont à leur disposition trois sortes de capital : un capital financier, un capital humain et un capital social. Ce dernier se trouve dans les relations d’un acteur avec les autres acteurs et les ressources auxquelles il peut ainsi accéder. Mais Burt ajoute que le capital social réside aussi, pour l’acteur, dans la possibilité d’exploiter à son avantage les « trous structuraux » que présente le réseau autour de lui. Un « trou structural », au sens de Burt, est une relation de non-redondance entre deux contacts. Deux relations sont dites « redondantes » si elles sont en relation directe l’une avec l’autre ou si elles sont « structuralement équivalentes » en ce sens qu’elles donnent accès aux mêmes ressources.

En simplifiant, on peut distinguer deux conceptions du capital social. La première, inspirée par Burt, fait du capital social un bien individuel, lié à la diversité et à la « porosité » (trous structuraux) des réseaux. La deuxième, qui s’inscrit dans la tradition de Coleman et de Bourdieu fait du capital social un bien collectif, soutenu par des réseaux sociaux homogènes et denses.

Pour mieux comprendre cette distinction, on peut repartir des triades présentées dans les figures 1 et 2, pour essayer de voir lequel de ces réseaux élémentaires est le plus à même de produire du capital social.

Si l’on adopte la conception individualiste, la figure 1 représente le réseau potentiellement le plus porteur de capital social, tout au moins pour l’individu A. Celui-ci a en effet un rôle de « pont » entre deux acteurs qui, sans lui, ne sont pas reliés. A possède donc un capital social important pour deux raisons. La première raison est de nature informationnelle : il/elle bénéficie d’informations non redondantes de la part de B et de C. La seconde raison est de nature plus stratégique, puisqu’elle/il peut profiter du « trou structural » de son réseau : B et C doivent passer par A pour bénéficier des biens et services de l’autre ; ils ne peuvent, en l’état du réseau, le contourner. A jouit d’une position de tiers et il/elle peut mettre B et C en concurrence, à son profit.

Au contraire, si l’on adopte la conception collective du capital social, le réseau de la figure 2 est le plus riche en capital social. Le fait que tous les termes soient reliés rend en principe ce réseau plus résistant à l’épreuve du temps que celui de la figure 1. Une structure relationnelle dense et cohésive est le support d’un groupe social, lequel ajoute sa propre force sociale de groupe à celle de chacun des membres qui le composent (voir 4.1.5). Coleman avance ainsi que la « fermeture » relationnelle est favorable à l’élaboration des normes sociales (voir 3.2) et à la création d’un fort degré de confiance interpersonnelle (voir 4.7.) : dans une structure relationnelle de ce type, les membres du groupe s’accordent plus facilement sur la valeur des biens, la nature des normes sociales ou le statut des personnes1 (voir 4.4). Ces deux formes du capital social peuvent aussi être considérées comme des modalités de gestion de la concurrence entre les individus et les groupes sociaux. En concurrence pour des biens rares, des individus peuvent soit mobiliser individuellement les appuis qu’ils estiment efficaces pour l’obtention de ces biens, soit s’entendre avec certains concurrents, essayer de limiter la concurrence, former un groupe social, et mettre ce groupe en mouvement pour l’obtention de biens rares, contre un ou plusieurs autres groupes sociaux.

On notera cependant qu’il est difficile de fonder la formation et la mobilisation d’un groupe social sur de purs intérêts instrumentaux (accès à des biens rares). En effet, même s’il est possible d’instaurer des systèmes d’incitations ou de sanctions pour créer et perpétuer des relations strictement instrumentales, un tel groupe social est fragile, en raison du risque de passagers clandestins (voir 4.1.4 et 4.1.5).

Le groupe social ne parviendra à atteindre ses objectifs que si son assise repose sur des facteurs non-instrumentaux : assise institutionnelle, relations affectives, affinités sociales, fréquence des contacts non recherchés (comme la sociabilité professionnelle), union autour de normes et de valeurs sociales (voir Chapitre 5) partagées, etc.

Il n’en reste pas moins que deux formes de capital social peuvent coexister : un capital social individuel, que l’individu peut mobiliser dans la concurrence avec ses pairs, et une forme collective, le capital social collectif, qui repose sur une structure relationnelle dense et qui n’appartient pas tant à l’individu qu’au groupe de personnes qui sont en relation. Même si elles ne sont pas contradictoires en théorie et si elles peuvent coexister et produire conjointement leurs effets, on précisera néanmoins que ces deux formes de capital sont antithétiques. En effet, le développement du capital social individuel conduit l’individu à supprimer ou à désinvestir dans des contacts redondants, moins profitables, et à développer les trous structuraux dans son réseau. Ce genre de stratégie peut affaiblir l’unité et la cohésion du groupe. Au contraire, construire un capital social collectif, développer la cohésion à l’intérieur du groupe, peut avoir pour conséquence de limiter la non-redondance à l’intérieur du groupe et la concurrence en son sein, puisque les trous structuraux auront tendance à se raréfier.

4.3 Les rôles sociaux

4.3.1 Définition: Le rôle social est un schéma de comportement attendu d’un individu dans une situation sociale donnée. Ces schémas sont relativement standardisés. Ils correspondent à des modèles de conduite extérieurs aux individus et qui sont associés à des statuts.

4.3.2 Les types de rôles sociaux: On joue au moins autant de rôles qu’il y a de groupes auxquels on participe. On peut les classer en 3 catégories:

4.3.2.1 Les rôles institués: Ils correspondent à des différenciations socialement reconnues, et donc très extérieurs aux individus, comme les rôles masculins et féminins, les rôles attachés à l’âge, ou les rôles attachés à la division du travail.

4.3.2.2 Les rôles qui naissent au sein des rapports sociaux: Le jeu des rapports sociaux aboutit à la fixation de certains rôles. D’abord, chacun organise ses réponses, ses conduites, en fonction de l’idée qu’il se fait de l’autre. Ensuite, chacun recherche dans ce répertoire de rôle la séquence la mieux adaptée à la situation. A la fin, ces jeux d’attentes et de réactions se fixeront sur des schémas de comportements attendus de chacun des termes du rapport en fonction de certaines situations.

4.3.2.3 Les rôles subjectifs appelés aussi psychologiques ou personnels: Dans le jeu des rapports sociaux, des conduites font toujours apparaître certaines composantes psychologiques individuelles. Un tel se montrera conciliateur, un autre agressif,…

Dans la mesure où ces traits sont récurrents, les termes des rapports sociaux finiront par

percevoir cette récurrence, et à l’unifier sous une même image de modèle de comportement. On finira finalement par diriger de véritables attentes de comportement, et donc par définir certains rôles.

4.3.3 Les conflits de rôle:

Puisqu’on joue autant de rôle que de groupes auxquels on participe, il existe toujours des exigences contradictoires émanant de différents groupes. Robert King Merton a insisté sur les conflits de rôles inhérents à l’existence d’interlocuteurs différents dans le cadre d’un seul rôle social. En fait, un seul rôle comporte toujours des facettes multiples selon les interlocuteurs et leurs attentes spécifiques, souvent contradictoires les unes par rapport aux autres.

· Les différents interlocuteurs ont des niveaux de pouvoir différents

· Les rôles impliquent des contacts plus ou moins importants avec les différents interlocuteurs. Un des mécanismes consiste à aligner son rôle sur l’attente émanant de l’interlocuteur auquel on a affaire.

· Les interlocuteurs ayant des exigences contradictoires peuvent être renvoyés dos à dos pour éclaircir des situations de conflit et définir des modalités de compromis.

· Un des mécanismes les plus fréquents consistera à soustraire certaines activités au contrôle des interlocuteurs ayant pour ces activités des attentes différentes.

4.3.4. L'analyse dramaturgique

Erving Goffman (1922-1982) est un sociologue américain qui est entre autres l’auteur de : Asylums (1961), Relations in Public (1971), Frame Analysis (1974). Au principe de sa démarche, on trouve notamment l’idée selon laquelle la vie sociale peut être comparée à une scène de théâtre où les individus sont à la fois les acteurs et le public.

La scène : ensemble de représentations, lieu où se déroulent des interactions sociales entre les individus qui agissent en fonction les uns des autres. Les individus jouent des rôles qui produisent des effets sur le public (qui est, le plus souvent, fait d’autres acteurs). Attention, il ne faut pas confondre la personnalité réelle et le rôle joué en représentation. Il existe une marge de liberté, la possibilité de mettre une distance.

Les coulisses : lieu où on peut prendre une distance et remettre en question la manière dont on a joué. L'acteur s'inquiète de l'effet qu'il produit : il peut être maladroit (dire quelque chose de mal interprété ...).

Dans son livre intitulé les rites d'interaction, mais aussi dans d’autres textes, Goffman essaie de comprendre un type de comportement particulier : le comportement de « déférence ». La déférence est une conduite ayant comme fonction d'exprimer à quelqu'un (le bénéficiaire) l'attention qu'on lui porte. On pourrait penser que la déférence est une conduite allant de l'inférieur au supérieur, mais elle peut aussi aller dans l'autre sens. Deux aspects des comportements de déférence retiendront ici notre attention : les rites de présentation et les rites d'évitement.

1) Les rites de présentation :

Un rite de présentation est une conduite grâce à laquelle une personne va aller vers une autre pour lui exprimer la manière dont elle la considère et comment elle va la traiter lors de l'interaction (un salut, une invitation...).

On exprime ainsi à l'autre qu’il a un intérêt pour nous : ses passions et ses intérêts, comment il se porte, ce qu'il fait..., tout cela nous intéresse. Ces rites sont une manière de montrer que nous ne sommes pas indifférents à son existence.

2) Les rites d'évitement :

On a ici affaire soit à de la proscription soit à de la protection.

C'est une manière d'entrer en contact avec autrui en annonçant que l'on ne va pas empiéter dans sa zone d'intimité (que ce soit physiquement ou moralement) et que l'on respecte (ou que l’on s’apprête à respecter) une distance lors de l'interaction avec lui.

Les rites d'évitement expriment donc une prise de distance de l'offrant vis-à-vis du bénéficiaire. Ces rites d'évitement varient selon les cultures, les groupes sociaux et les familles. D'autre part, l’interaction sociale est parfois asymétrique : ainsi, par exemple, souvent, le supérieur est plus familier avec le subordonné et le subordonné est moins familier avec le supérieur.

Ces rites d'évitement sont aussi des comportements de protection c’est-à-dire des manières de rétablir des limites qu’il n’aurait pas fallu franchir.

Le problème sur lequel Goffman attire notre attention, c'est qu'avec les mêmes comportements, on doit exprimer l'intérêt qu'on a pour une personne mais en même temps la distance. Chacun est confronté à cette tension permanente lors des interactions sociales. Ceci peut être à l’origine de malentendus, ou de situations gênantes. Ex : quand on demande à quelqu'un : "Comment vont les affaires ?" alors que cette personne vient de faire faillite.

4.4 Les statuts sociaux:

4.4.1 Définition:

Il correspond à la place qu’une personne ou une catégorie de personne occupe dans un groupe, résultat d’une évaluation qui s’applique à un certain rôle social. Il existe une très grande variété de critères d’évaluation : famille, connaissances, … Mais fondamentalement, ces critères sont de 2 types :

· d’attribution : lorsqu’ils se réfèrent à des caractéristiques dont l’individu n’est pas maître.

· de réalisation : lorsqu’ils se réfèrent à des performances individuelles.

Même au sein de la société, les individus ont des statuts différents qui ont une influence

sur les statuts individuels de ses membres. Parmi ces statuts collectifs, le statut de classes

est le plus important.

4.4.2 Les statuts sous l’angle psychosociologique:

La statut est défini extérieurement aux individus. C’est en fonction de celui-ci que les personnes règlent leur comportement. Il est ainsi un cadre de référence pour se juger soi même et juger les autres. Il confère une prévisibilité aux rapports sociaux. Le statut apporte un sentiment de sécurité. Dans le même ordre d’idée, les psycho-sociologues ont montré que le statut influence le niveau d’aspiration de l’homme. De nombreuses études ont montré que l’ambition dépend de l’idée que l’individu se fait de lui-même, même si cette idée n’est pas objective. Ce qui est normal dans son groupe de statut constituera la norme de réussite, le niveau de performances qu’il croit être en mesure d’atteindre.

 

 

 

 

 

4.4.3 Les statuts au sein de la structure sociale globale

4.4.3.1 Stratification et classes sociales

Pour décrire les hiérarchies associées aux statuts sociaux, on utilise souvent la notion de

stratification sociale, formant des couches superposées, où le haut est privilégié, et le bas pas du tout. Il existe 4 formes de base que peut prendre la stratification sociale :

· l’esclavage, où certains individus appartiennent à d’autres.

· le système de castes, où l’on ne peut sortir de la caste où l’on naît.

· les sociétés d’ordre, que l’on trouvait au MA dans le clergé, la noblesse et le Tiers Etat.

· Les classes sociales: Les systèmes de classes sont différents des 3 autres. Ni la loi, la coutume, ou la religion ne sont à la base des classes et n’imposent une appartenance de classe aux individus. Le déplacement entre les classes est possible. Un système de classe repose principalement sur des bases économiques. Ce n’est pas un système d’obligations, mais d’inégalités de conditions de travail et de rémunération.

4.4.3.2 La structure en quadrillé et la différenciation des rôles:

Le concept de structure en quadrillé a été proposé par Eugène Dupréel, c'est un modèle de structure correspondant à l'entrecroisement de couches horizontales inférieures et supérieures avec les groupes fonctionnels verticaux. Henri Janne la schématise ainsi:

Mais il ne faut voir dans ce modèle qu’une analogie formelle liée aux rangs réputés supérieurs, moyens, ou inférieurs. A la base de cette structure, il y a une différenciation formelle des rôles résultant de la division du travail. Ils font l’objet d’évaluations de la part de la société. L’ensemble de ces évaluations formant la stratification sociale. Mais on remarquera que la différenciation formelle des rôles est relativement indépendante de la stratification sociale qui s’y superpose.

Ces évaluations viennent du fait que toute société se voit confrontée à devoir trouver des occupants pour des rôles qui assurent en réalité sa survie. Dans toute société, on peut trouver des rôles super importants, mais qui ne bénéficient pas d’un statut analogue (éboueur). En fait, les rôles considérés comme les plus importants, et bénéficiant des plus hautes gratifications seront souvent les plus proches des intérêts de ceux qui sont au pouvoir.

De même, les valeurs que l’on attache aux différents rôles façonnent aussi les opinions relatives au type de talent nécessaire pour chaque rôle. Donc, à la base de la stratification sociale, il y a donc la différenciation formelle des positions résultant de la division du travail. Mais attention, on ne peut confondre différenciation et stratification. Celui-ci est inséparable du processus d’évaluation.

Ces évaluations peuvent porter sur les rôles eux-mêmes, sur les qualités individuelles et des capacités exigées, et sur les gratifications.

4.4.4 Les systèmes de gratifications et de privilèges

Ce qui différencient entre eux les statuts, qui incarnent et démontre les niveaux, ce sont les récompenses, les privilèges qui s’y attachent.

Les privilèges et les gratifications sont de divers types :

· les gratifications matérielles en espèces (revenus, rémunérations) ou en nature (privilèges divers mesurables en valeur monétaires (voiture, chauffeur,…)

· les gratifications en terme de pouvoir. A chaque rôle est associé un certain degré de capacité d’influence sur d’autres rôles sociaux. Ce pouvoir peut résulter de la maîtrise de moyens de production, de certaines formes d’organisation sociale, de normes et de règles.

· Les gratifications psychologiques telles que le prestige social ou la sécurité, conditions de travail, l’indépendance, le niveau de liberté, la créativité, l’expression de soi, l’épanouissement.

On remarquera que certaines gratifications sont étroitement dépendantes de l’exercice de certains rôles, tandis que d’autres accompagnent certaines positions, dans la structure sociale, sans vraiment que ces dernières impliquent des rôles précis. On remarquera également, en se reportant au modèle de la structure en quadrillé, que selon les groupes fonctionnels verticaux, les types de gratification et leur niveau varie considérablement. Certaines positions ont un grand prestige mais aucun pouvoir, d’autres sont rémunérées mais n’ont guère de prestige, et d’autres psychologiques comme la liberté ou l’indépendance, ne sont pas associées à des pouvoirs,… Les revendications des groupes, leurs enjeux, portent sur les gratifications qui s’attachent aux rôles. L’évolution des revendications a pour conséquence des réajustements continuels dans cette structure de gratifications. Cette évolution traduit le poids des groupes verticaux et des strates dans la société mais aussi l’évolution des valeurs sociales.

4.5. Classes et conflits de classes

Ralph Dahrendorf (1929-2009) a fait carrière en Allemagne et en Angleterre. En sociologie, il est particulièrement célèbre pour son livre de 1957 : classes et conflits de classes dans les sociétés industrielles. Il essayait de cerner la manière dont se présentaient les conflits de classe dans un contexte où d’aucuns prétendaient qu’ils avaient disparu.

Pour Dahrendorf, il y a dans les sociétés industrielles de nombreuses situations de conflits (des querelles, des tensions, des heurts manifestes, des rivalités...) et le conflit de classe est une forme de conflit parmi d'autres. => C'est quelque chose d'extrêmement fréquent. Toute relation entre des groupes ayant des intérêts différents risque d'être une relation de conflit. Dans cette perspective, le conflit peut être une guerre, une grève, un désaccord... Dahrendorf s'intéresse particulièrement au conflit de classe et aux formes qu'il peut prendre. Il part d'une des trois définitions de la classe sociale de Marx, celle de la propriété ou non des moyens de production. Cette définition n'est plus utilisable pour rendre compte de la société de l'après-guerre, dit-il. En effet, le capital n'est plus aussi clairement concentré dans les mains de personnes particulières, ceci est dû au développement des sociétés par actions où les actionnaires sont éparpillés et le capital dissous. Il y a toujours un conflit entre les classes sociales, mais la distinction entre celles-ci ne repose plus sur la propriété ou non des moyens de production, mais plutôt sur la manière dont l'autorité est répartie. En effet, les propriétaires d'entreprise délèguent leur autorité à des spécialistes (les managers) pour gérer l'entreprise. La relation entre propriétaire et employé devient moins directe. Ces managers sont dans une situation élevée sur l'échelle de la hiérarchie de l'autorité. Le conflit se greffe sur la répartition de cette autorité déléguée à des degrés divers selon le niveau de la hiérarchie.

Pour Weber, nous l’avons vu, le pouvoir est la probabilité qu'une personne parvienne à réaliser ses objectifs malgré les oppositions rencontrées. C'est une situation personnalisée, liée directement à la personne qui agit. Par contre l'autorité est la probabilité pour qu'un ordre ayant un contenu déterminé soit exécuté.

L'autorité repose sur des relations statutaires. C'est une relation légitimable. La domination et la subordination devront être justifiées au nom de l'efficacité du groupe par exemple. C'est donc différent du pouvoir où l'individu est capable ou non d'imposer sa volonté.

Dans toute organisation sociale, on aura une distribution différentielle de l'autorité, dit Dahrendorf. Chaque classe sociale aura une position opposée vis-à-vis de la répartition de l'autorité. En effet, la classe dominante va s'efforcer de maintenir sa position (le statu quo). Alors que la classe qui a peu de d’autorité va agir de façon à changer cette situation, la remettre en cause. D'où conflit. Ce n'est donc pas une lutte pour la possession des moyens de production mais une lutte pour maintenir ou modifier la répartition de l'autorité.

Les conflits sont donc inévitables car d'une façon ou d'une autre on aura affaire à une répartition inégale de l'autorité. Pour Dahrendorf, ces intérêts à maintenir le statu quo ou à promouvoir le changement ne sont pas d’emblée conscients. Ce sont des intérêts latents. Comme cela a déjà été dit (chapitre 3), les quasi-groupes ou les groupes virtuels (ou latents) sont constitués d’individus ayant éventuellement un mode de vie semblable, une culture commune, mais ces points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité. Il n'y a pas une prise de conscience de leurs intérêts communs.

Par contre, quand la prise de conscience existe dans un groupe c’est-à-dire que les intérêts latents se sont mués en intérêts manifestes, on a affaire à des groupes d'intérêts (groupes sociaux) défendant ouvertement certains objectifs (intérêts manifestes). Leurs conduites sont organisées en fonction d'une stratégie qui leur permettra d'atteindre leurs objectifs. Ex : attaquer la légitimité des structures existantes ou essayer de les défendre.

Dans une société capitaliste, les individus peuvent appartenir à plusieurs groupes sociaux. Ces multiples appartenances peuvent poser des problèmes de conflit. On peut imaginer qu'un individu se trouve à la fois dans une situation de domination et dans une situation de sujétion. Mais, ce pluralisme des conflits est, en pratique, limité car en général, les individus qui ont de l'autorité dans un domaine en ont souvent aussi dans un autre. Les conflits dus à ces décalages d'appartenance sont donc rares. De plus, les différents groupes d'intérêts auront tendance à se superposer, à coordonner leurs activités et à pacifier leurs conflits.

Dahrendorf dit aussi que les conflits présents dans le capitalisme se sont institutionnalisés. L'institutionnalisation du conflit est une situation où on met en place des organes d'arbitrage, des lieux de négociation. Ces sont des formes d'institution qui règlent les conflits. Ceci autonomise les relations économiques par rapport à d'autres conflits, notamment politiques.

Guy Rocher critique et perfectionne le marxisme du conflit de Dahrendorf. Il fait cinq grandes critiques :

1) Il estime qu'il faut être plus souple et nuancé avec la notion de conflit de classe. En effet, ceux qui détiennent l'autorité ne sont pas nécessairement en faveur du statu quo, car il leur arrive de changer la structure sociale. De même, le groupe dominé ne veut pas nécessairement le changement car il peut craindre que la répartition d'autorité ne soit pire que celle qu'il connaît.

2) Dahrendorf oublie de tenir compte que dans le système social, chaque élément a un certain âge c’est-à-dire que toutes les institutions ne sont pas apparues en même temps. Cette variabilité peut-être à l'origine de conflits, de contradictions structurelles et de tensions au sein de la société. Ex : l'apparition de nouveaux métiers dans le domaine de la santé tels que les assistants sociaux et les infirmières concurrencent les anciennes institutions comme l'église.

3) Il ne faut pas perdre de vue que chaque groupe d'intérêt occupe une certaine position dans une société et voit le monde à partir de cette position. La vision différente de chaque groupe est une source de conflit négligée par Dahrendorf.

4) L'évolution sociale : le système social n'évolue pas de façon homogène. Chacune de ses composantes évolue à son propre rythme. A cause de ces différents rythmes, on peut voir apparaître des décalages. Le "rythme brisé" qui en résulte peut être une source de tension.

5) Le caractère irréductible des conflits sociaux : dans une société complexe qui évolue vite, les contradictions se multiplient et le système n’a pas toujours l’occasion de les résoudre. C'est pourquoi, dans les sociétés industrielles, on se trouverait dans une situation permanente de conflit structurel. Il faut donc abandonner l'idée qu'il n'y aura plus de conflit. Le conflit est une situation permanente. Les structures ne seront jamais totalement intégrées. La société doit accepter la coexistence d'institutions en tension permanente.

4.6 La mobilité sociale:

Le concept de mobilité sociale désigne les déplacements dans la structure en quadrillé. Il peut s’agir de déplacements d’individus (mobilité réelle), mais aussi de changements dans les rapports entre catégories sociales (mobilité collective).

A propos de la mobilité réelle :

On appelle mobilité horizontale les déplacements entre groupes fonctionnels verticaux qui ne s’accompagnent pas de déplacement dans la stratification sociale.

On appelle mobilité verticale les déplacements dans la stratification sociale sans passage entre groupes verticaux. La mobilité est souvent à la fois horizontale et verticale.

La mobilité inter-générations est celle qui s’effectue entre la génération des parents et des enfants. La mobilité intra-générations est celle qui s’effectue au cours de la vie d’un individu.

La mobilité provoquée traite de certains facteurs au niveau de la société globale qui peuvent provoquer une mobilité sociale. Les facteurs les plus puissants sont les modifications dans la différenciation formelle des rôles résultant de la division du travail.

Des facteurs démographiques peuvent également jouer un rôle non négligeable. Ainsi, les migrations font que les migrants s’installent au niveau le plus bas de gratification, ce qui provoque une montée ascendante des allochtones.

Un autre facteur est la fécondité différentielle. Ainsi, pendant longtemps, les classes ouvrières avaient des taux de fécondité élevés, alors que les classes supérieures n’assurent pas le remplacement. Ainsi, le surplus des classes inférieures se place dans les vides laissés par les classes supérieures.

Pour permettre de réelles comparaisons dans le temps et l’espace, on s’est forcé de dissocier la mobilité réelle de la mobilité provoquée par des changements structurels. On a alors introduit le concept de mobilité parfaite (ou mobilité théorique). Il s’agit de la mobilité que l’on aurait si la position sociale d’origine n’avait pas d’influence sur la trajectoire sociale. Ce rapport entre mobilité effective et mobilité théorique est appelé le taux de mobilité intrinsèque.

4.7 Normes et statuts sociaux : la question de confiance

Comment transformer des promesses en certitudes et, en particulier, comment assurer une crédibilité à des engagements portant sur des échanges futurs ? Par la confiance.

Etymologiquement, la confiance est un crédit ouvert chez l’autre (dette). Donc, la confiance est une relation d’échange basée sur la réciprocité. Le 2ème sens de la confiance est lié à l’idée de délégation. L’orientation de ma propre action va être orientée par une autorité que je reconnais. Je lui délègue un pouvoir d’orientation de ma propre décision. C’est un rapport social asymétrique puisque le fonctionnement de cette autorité m’échappe. C’est pourquoi confiance est en étroite relation avec croyance.

Analytiquement, Karpik distingue 2 grandes catégories de dispositifs de confiance :

· les dispositifs de jugement

· les dispositifs de promesse

4.7.1 Les dispositifs de jugement

La confiance personnelle : le réseau

Quand l’information publique ne permet pas de définir les termes du choix, on recours à la relation interpersonnelle. On décide, après avoir rassemblé et comparé des informations recueillies auprès d’autrui. Ce tiers est le garant de l’information sur base de laquelle l’action va être posée. Ce marché-réseau permet de surmonter l’incertitude sur l’ignorance des qualités en utilisant l’expérience des autres. Mais cette information est lente et limitée, ce qui empêche les producteurs d’en faire usage. Pour y parvenir, il faudra faire appel aux formes impersonnelles des dispositifs de jugement.

La confiance impersonnelle

· Les classements: Ce sont des hiérarchies publiques qui rendent plus ou moins fidèlement visibles les qualités singulières des biens et des services appartenant à un même ensemble.

· Les appellations: Ce sont des mécanismes qui associent des noms à des affirmations spécifiques de certains bien et services particuliers, et qui en affirment la singularité par rapport aux biens et services appartenant au même ensemble.

· Les guides: Les guides sont des formes douces d’autorité qui permettent à ceux qui acceptent de s’y soumettre de réduire leur incertitude sur la qualité. Cette catégorie rassemble aussi bien des individus que des organisations qui diffusent largement et publiquement leurs jugements. Leurs critères sont toutefois très variables.

4.7.2 Les dispositifs de promesse

Ils servent à garantir les engagements des partenaires d’un échange et d’assurer l’exécution du contrat incomplet.

La qualité de la personne et le réseau de rapports sociaux

Ce sont les relations interpersonnelles ou la réputation d’un réseau qui produisent la confiance. On peut à cet égard distinguer la qualité de la personne de celle du réseau. Dans certains cas, la méfiance n’est levée que par la qualité de la personne. Dans d’autres cas, la dynamique des rapports sociaux peut suffire à produire la confiance. Ce sont tous 2 des formes de protection de la transaction.

Les dispositifs normatifs

Ce sont des principes d’orientation de l’action partagés par les partenaires de l’échange, associés à des sanctions sociales et qui ont pour effet de maintenir, malgré l’incertitude, l’esprit des engagements initiaux et donc de la continuité de l’échange dans le temps.

Leur formation peut reposer sur 2 normes :

· La norme unilatérale, qui caractérise une relation d’échange asymétrique (la profession de l’avocat où s’est élaborée une confiance impersonnelle accordée à la profession par les justiciables).

· La norme coproduite, qui est une forme de coopération.

Aux dispositifs de promesse que constituent la qualité de la personne, du réseau, et la norme sociale, viennent encore s’ajouter des normes techniques qui régissent les procédures d’organisation et de production et débouchent sur une certification délivrée par une autorité technique extérieure.

Pour désigner les situations où interviennent simultanément différents dispositifs de confiance, on parle de confiance distribuée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5 Culture et faits de mentalité

5.1. Les groupes sociaux sont le cadre de phénomènes culturels

5.1.1. Définition

Dans tout groupe social, à tout moment, existe un ensemble plus ou moins grand de sentiments, d’idées, de connaissances et de croyances partagés par tous, même s’il y a des nuances individuelles.

C’est la "conscience collective", telle que la définit Emile Durkheim, qui y voyait la spécificité même du fait social. La conscience collective diffère des consciences individuelles, elle n’en est ni la somme, ni la moyenne. Il s’agit de la part commune, que l'on retrouve identique dans les consciences individuelles. C’est la « culture » d’un groupe social.

Pour Durkheim, le concept de conscience collective permet de comprendre la spécificité, la transcendance, le symbolisme de la société par rapport aux individus qui la composent. La conscience collective gouverne la vie du groupe à tous les niveaux ; elle donne une unité au groupe.

Remarquons que conscience collective ne signifie pas conscience d'appartenance.

Le plus souvent, la conscience collective sera inconsciente : il s'agit simplement de faits de mentalité communs qui comportent généralement certaines représentations que les membres du groupe ont d'eux-mêmes et de représentations que les membres du groupe ont des autres groupes sociaux.

Marcel Mauss a insisté sur l'importance des représentations au sein de la conscience collective: sorte de "travestissements" au travers desquels les hommes se voient et qui expliquent le caractère conventionnel des phénomènes sociaux qui n’atteignent jamais les individus qu'au travers des idées qu'ils s’en font.

Pour Durkheim, la conscience collective présente une extériorité par rapport aux consciences individuelles, mais elle est aussi une part des consciences individuelles. Elle permet de rendre compte de certains phénomènes comme :

- l'unité du groupe ;

- les orientations du groupe quant à son devenir historique ;

- la force des représentations qui peuvent modifier les faits sociaux (phénomènes de prédictions créatrices) ;

- les différentes formes de contrainte sociale exercée par le groupe sur ses membres ;

- les systèmes symboliques dont se dote tout groupe social ;

- les phénomènes de mémoire collective par lesquels le groupe construit son histoire en ne retenant que les éléments venant renforcer certaines représentations collectives.

5.1.2. Communauté et société

Cette distinction avait été proposée par Tönnies1 qui y voyait deux stades fondamentaux de l'évolution des sociétés.

Le tableau qui suit résume les principales différences entre les "communautés" où les rapports sociaux communautaires dominent et les "sociétés" où les rapports sociaux sociétaires dominent2.

Les concepts de "communauté" et de "société" connaissent une évolution sensible dans leur utilisation. Liés à l'origine à une conception unilinéaire de l'évolution des sociétés (Tönnies), ces concepts sont utilisés de plus en plus comme des catégories universelles.

Le communautaire traduit un aspect intérieur du groupe, c'est le groupe vécu subjectivement, selon une forme collective de la conscience de groupe. Le sociétaire au contraire traduit un aspect extérieur du groupe, c'est le groupe constaté objectivement selon une forme individualisée de la conscience de groupe.

La distinction entre communautaire et sociétaire constituerait un instrument d'analyse applicable à tous les groupes, lesquels peuvent ainsi être évalués selon leur participation à chacun de ces deux types fondamentaux. L'étude des communautés montre en réalité qu'il ne s'agit pas d'un mode de rapports simples et primitifs. En réalité, ils sont complexes car ils associent des sentiments et des attitudes hétérogènes, ils sont appris au cours des processus de socialisation, enfin ils ne sont jamais exempts de calculs, de conflits, voire de violence.

5.1.3. La solidarité

Le fait que les rapports positifs l'emportent sur les rapports négatifs, l'existence d'une conscience collective, impliquent une solidarité qui unit les membres du groupe.

5.1.4. L’ethnocentrisme

Le fait que les rapports positifs l'emportent sur les rapports négatifs, qu’une solidarité unit le groupe, le fait aussi qu’une force sociale spécifique émane du groupe, engendrent, au niveau de la conscience collective, des phénomènes importants qu’on peut ranger sous le terme "d'ethnocentrisme".

Les représentations que les membres du groupe ont d'eux-mêmes ainsi que les représentations que les membres ont des autres groupes sociaux convergent vers une vision "ethnocentriste" : les membres du groupe lui trouvent une supériorité. Cette supériorité reconnue au groupe est évidemment un signe d'attachement au groupe. Mais ce sentiment est corrélatif d'un sentiment de rejet vis-à-vis de ceux qui ne font pas partie du groupe.

Graham Sumner avait proposé les concepts d’in-group et d'out-group pour traduire ces réactions poussées à leur extrême, lorsque un groupe "monopolise" le social et ses valeurs culturelles en rejetant hors de la vie sociale, les "autres", considérés comme extérieurs, inférieurs, voire comme de simples "instruments" (maîtres et esclaves ; seigneurs et serfs ; bourgeois et prolétariat du XIXe, etc.).

Graham Sumner insistait sur la corrélation existant entre les rapports positifs et les rapports négatifs.

Henri Janne parle à ce sujet de dialectique implicite de l'intégration1 :

- Les exigences de la lutte contre l'extérieur produisent véritablement l’intégration à l'intérieur du groupe. Plus cette lutte sera intense, plus le loyalisme, l'esprit de sacrifice, la fraternité à l'intérieur du groupe seront grands.

- La crainte que les discordes n’affaiblissent le groupe peut conduire le groupe à ne tolérer aucun écart, aucune déviance. Le fanatisme à l'intérieur du groupe peut ainsi être considéré souvent comme une réponse face à des dangers externes.

Un groupe installé de longue date et ayant développé des traditions (les established) et un autre groupe de résidents plus récents (les outsiders), perçus comme des intrus par les premiers, qui les considèrent comme des gens de moindre valeur humaine. Ceci a des conséquences que la manière dont les outsiders se voient : "Ces nouveaux venus eux-mêmes, au bout d'un certain temps, semblaient admettre avec une sorte de résignation qu'ils appartenaient à un groupe de vertu et de respectabilité moindres".

Mac Iver a insisté sur le rôle de la socialisation dans ces phénomènes de conscience collective. C'est en effet au cours de la socialisation que les enfants apprennent à "appartenir" mais donc aussi, le plus souvent, à exclure, le mépris, le dédain à l’égard des "autres", des "différents" renforçant son attachement aux "siens".

5.2 Le processus de socialisation:

5.2.1 Définitions - Généralités:

C’est un processus par lequel un homme apprend à s’ajuster à un groupe ou à une société en acquérant les comportements que le groupe approuve. Rappelons le conflit théorique entre Tarde et Durkheim. Selon Tarde, la socialisation se base sur le sentiment social par excellence : l’imitation. Pour Durkheim, ils se basent sur la contrainte, la pression, le contrôle que les groupes et les sociétés développent. Les meilleurs agents socialisateurs sont les familles et les écoles. Mais tous les groupes sociaux sont de puissants agents socialisateurs. Dans ces processus interviennent toujours des éléments culturels : le langage, les normes,…

5.2.2 La sociologie : une conception de la socialisation à outrance ?:

On a souvent reproché à la sociologie d’avoir une conception de la nature humaine entièrement façonnée par les processus de socialisation. Ne néglige-t-elle pas le libre arbitre ?

Car dans la sociologie, même le libre-arbitre est « socialisé » : dans les conduites individuelles, la plupart sont automatisées, ou réalisées par auto imitation des réussites passées. Bref, le libre-arbitre se limitera aux conduites novatrices, très peu nombreuses…

Pour le sociologue, le libre-arbitre est surtout une valeur sociale. Il dépend de la place que lui laisse la société. Pour rendre compte des conduites de libre-arbitre, Hyman a proposé une théorie de la satisfaction individuelle : la pression est acceptée si elle impose des conditions où il est normal de « bien décider », elle sera refusée si l’individu tire une satisfaction plus grande de sa déviance.

5.3. La notion d' « habitus »

La sociologie de Pierre Bourdieu (1930-2002) a notamment pour but d'expliquer comment les sujets sociaux (acteurs) acquièrent des perceptions et des dispositions qui varient selon les conditions dans lesquelles ils sont placés. Bourdieu va essayer de saisir la façon dont l’apprentissage social se fait à travers une série d'institutions (école, famille (processus de socialisation)) ; l'interaction sociale joue aussi un rôle important.

Selon Bourdieu, l’habitus est un ensemble de principes et de règles intériorisés qui permettent d'engendrer toutes les pensées, les perceptions et les actions envisageables au sein d'un groupe social à un moment donné.

Cette notion permet d'échapper à deux pièges de l'analyse sociologique :

1) l'idée que l'action sociale serait le résultat d'un calcul rationnel.

L'habitus n'est pas une règle universelle, immuable. L'individu n'agit pas toujours de manière rationnelle, ne mesure pas toujours les conséquences des actes qu'il pose.

2) l'action des individus serait le résultat d'un fonctionnement inconscient.

On utilise le terme « habitus » et non « habitude » pour éliminer l'idée d'automatisme, de répétition et insister sur l'idée d'invention, d'innovation et donc sur la possibilité de transformer le monde social. Les résultats de ces pensées, intentions ne sont donc pas entièrement prévisibles.

L'habitus est un ensemble de conditionnements dans la mesure où ces règles, ces intentions sont intériorisées pendant le processus de socialisation.

Ces principes et ces règles sont appris à travers les symboles, les rites, la famille et l'école. Ceci va constituer un guide, un ensemble de coups envisageables ; on cherche ici à saisir comment cet éventail de possibilités se construit. Cet “habitus” pourrait nous faire penser à la notion de « syntaxe » (dans le sens d'une étude de la manière dont les règles sont mises en œuvre). En effet, l’habitus est quelque chose qui peut évoluer dans la mesure où les conditions dans lesquelles les individus se trouvent changent.

En outre, les règles ne sont pas les mêmes pour tous ; elles varient selon les groupes sociaux et, en particulier selon la position des groupes en question dans la hiérarchie sociale. De là résulteront des ensembles de règles différents, et donc des définitions différentes du « possible ». La manière dont les ambitions seront réalisées dépendra de la situation. Pour l’expliquer, Bourdieu mobilise la notion de capital qui comporte un capital économique, culturel, social et symbolique.

- Le capital économique correspond à l’ensemble des ressources économiques : moyens financiers, propriétés mobilières ou immobilières, etc. ;

- le capital culturel se présente sous trois formes :

- incorporé : l’ensemble des savoirs acquis, non seulement au cours des études, mais aussi transmis par le milieu social d’appartenance ;

- objectivé : l’ensemble des biens culturels (oeuvres d’art, livres, etc.) ;

- institutionnalisé : titres scolaires (diplômes), qui traduisent la validation d’une partie du capital culturel par une institution ;

- le capital social : l’ensemble des capitaux qu’un individu peut mobiliser grâce à ses relations sociales1 ;

- le capital symbolique : c’est la forme de capital la plus générale, dans laquelle se convertissent les autres formes de capital, par exemple sous la forme d’honneurs, de privilèges ou de prestige social.

Ces différents types de capitaux sont inégalement répartis dans la structure sociale.

L'actualisation des possibles, liée à l'habitus, dépend de ces quatre capitaux.

Il y a un contraste entre les désirs des individus qui conçoivent leur projet en fonction des ressources dont ils disposent. Ils sont réalistes à cet égard. Les règles qui s'imposent à eux et les possibles qui en découlent ont donc été intériorisés ; cela implique donc aussi une forme de jugement sur soi-même. Il y a une forte tendance à la reproduction du système pour les individus partant d'une classe sociale déterminée, une tendance à la reproduction des normes, des règles et des exemples de la même catégorie sociale.

Les goûts (artistiques, alimentaires,...) et les pratiques peuvent être éclairés par la notion d'habitus.

L'habitus comprend des catégories de perception qui sont des ressources culturelles et qui varient selon les groupes sociaux.

Il joue aussi un rôle dans le déroulement de l’interaction sociale.

La notion d'habitus a deux avantages :

1) elle autorise une conception plus complexe de l'action,

2) elle comprend une idée d'innovation.

 

5.4. Le processus de civilisation

Elias veut dépasser l’opposition individu-société.

Cette conception de l’individu possédant un "moi" séparé du monde dans lequel il se trouve est liée à un moment particulier : on a exigé des individus une plus grande maîtrise de leur comportement. Les individus doivent s’auto-contrôler. Le contrôle des instincts va être transféré de l’extérieur du monde social à l’intérieur.

Ce processus est le « processus de civilisation ». C’est un mouvement : on passe de l’interdiction extérieure à l’intériorisation de l’interdiction (elle est ressentie comme naturelle, normale). Comment expliquer cela ?

Une des conditions de la mutation que représente le processus de civilisation est la différenciation des fonctions sociales.

La différenciation poussée des fonctions sociales et donc de grands réseaux d'interdépendance ont pour conséquence une société fragile, instable car il n'y a aucune coordination entre les différents éléments, d'où risque de conflit. Il faut donc une division du travail et une centralisation pour renforcer la société. Une partie de la société, un groupe social donné monopolise le contrôle de la force : l'Etat. Il s’agit là de la deuxième condition de la mutation.

C’est aussi une manière de retirer aux individus la possibilité de se contraindre mutuellement.

Ainsi, il y a solidarité de plus en plus grande des organes sociaux. On voit apparaître une transformation de la socialisation. L’évolution va vers un autocontrôle des individus. On prend conscience de soi comme capable d’exercer ce contrôle. On en vient à l’idée de l’autonomie de l’individu, l’idée d’un moi séparé. "Je dois me penser comme capable de faire cela ". Cela se manifeste dans la constitution d’une sphère privée où les autres ne peuvent venir. Grâce à cela, l’individu peut s’y exprimer beaucoup plus comme une personne. Cette idée n’est pas universelle. Ce fait est historiquement situé.

La dimension paradoxale : la division du travail s’approfondit de plus en plus. La dépendance des individus les uns envers les autres augmente de plus en plus : l’interdépendance augmente. L’idée de l’autonomie de l’individu naît alors que la dépendance augmente !

Plus les dépendances réciproques vont être importantes, plus les individus vont avoir conscience de leur autonomie, de leur indépendance. Alors que l’interdépendance devient de plus en plus claire, on aura une importance de plus en plus croissante de l’idée d’individualité.

5.5 Les valeurs sociales:

5.5.1 Définitions – Généralités:

Les valeurs sociales sont des faits de conscience collective. Elles peuvent donc être considérées comme « extérieures » aux mentalités individuelles. Les valeurs sont des manières d’être ou d’agir qu’un groupe social reconnaît comme idéales et que rend désirables ou estimables, les êtres, les conduites, les objets auxquels elles sont attribuées.

Les valeurs peuvent donc se présenter sous 2 niveaux d’abstraction :

· Idéaux qui serviront de critères de référence, d’appréciation et de jugement. Ce sont des valeurs sociales.

· Elles se manifestent dans des êtres, des conduites, des objets qui exprimeront les valeurs de manière concrète ou symbolique. Il s’agit des phénomènes sociaux socialement valorisés.

Mais cette distinction pose néanmoins certains problèmes :

· Au niveau des valeurs sociales stricto sensu, on peut distinguer les valeurs culturelles et les valeurs sociales. Les culturelles rentrent plus profondément dans les mentalités, comme la valeur du travail, très importante dans la croissance des pays industrialisés.

· Logiquement, les valeurs sociales sont antérieures aux phénomènes socialement valorisés. Mais cette relation peut être contredite par les faits. Des objets peuvent être valorisés sans référence préalable à un critère d’évaluation collectivement reconnu. Ainsi, ces objets valorisés pour une raison quelconque (publicité, prestige) peuvent même devenir le critère d’évaluation.

Importance des valeurs sociales dans l’analyse sociologique

Dans les théories, les valeurs sociales peuvent être de 1er plan, ou secondaires. Mais peu importe leur statut, on ne peut s’en passer. Toutes les mutation importantes (guerres, révolutions,…) sont accompagnées de changement de valeurs. Les conflits entre groupes sociaux verticaux ou horizontaux sont aussi des conflits de valeurs… Les valeurs interviennent toujours pour rendre compte des normes (qui en sont les prolongements) et donc des conduites. On peut proposer le modèle suivant :

Niveau des idéologies: Niveau des valeurs: Niveau des normes: Niveau des conduite

Ce sont les valeurs qui expliquent la conformité sociale, qui rendent compte des mécanismes d’intériorisation de la pression sociale. Les valeurs ne reflètent pas seulement des besoins du groupe, mais elles sont aussi des besoins pour le groupe car elles contribuent à en maintenir la structure.

5.5.2 L’idée de systèmes de valeurs

Les valeurs d’une société présentent toujours, entre elles, une certaine cohérence. Elles ont, entre elles, des liens très subtils quand elles ne dépendent pas nettement l’une de l’autre.

Les fonctionnalistes, en général, se sont attachés à montrer cette cohérence qui, pour eux, ne peut être trouvée que par rapport au système social global. Parsons et Merton ont par exemple mis en évidence les rapports entre les valeurs familiales et économiques. L’agencement entre les valeurs d’une société semble se faire de manière hiérarchique.

Le concept de valeurs centrales a été mis en évidence par Talcott Parsons. Cet auteur en faisait dépendre la cohérence, l’intégration d’une société. Des valeurs centrales dépend la forme générale que prendra la stratification. Elles seront surtout discernables au départ des institutions centrales. Ces institutions centrales se distinguent des autres par :

· Leurs fonctions mieux définies au plan de la société globale

· Leurs structurations plus complexes.

· Les normes sur lesquelles elles se fondent sont plus claires, assorties de sanctions plus importantes. Les déviances sont moins tolérées.

· Les rapports qu’elles entretiennent avec les autres institutions sont empreints d’asymétrie, leur capacité d’influence sur les autres institutions étant plus grande.

· Les individus appartenant aux institutions centrales ont plus de pouvoir, plus de prestige, que les individus de même rang dans d’autres institutions

Pour les structuro-fonctionnalistes, les valeurs centrales sont également celles qui bénéficient du consensus le plus large, qui inspirent le plus de solutions qu’une société trouve à ses problèmes. Néanmoins, cette perspective repose sur le postulat d’une société parfaitement intégrée, mais il existe des décalages plus ou moins importants entre les valeurs du plus grand nombre et celles qui orientent un pouvoir totalitaire.

Il faut aussi signaler que les valeurs centrales ne sont pas tout. Les valeurs secondaires peuvent s’y articuler de manière distincte selon chaque société, leur donnant une particularité bien spécifique.

Caractéristiques des systèmes de valeurs : la théorie de Florence Kluckhohn

Cette théorie repose sur l’idée que toute société doit trouver des réponses à quelques grands problèmes humains fondamentaux. Mais les solutions sont limitées, et leur articulation caractérise fondamentalement le système des valeurs de toute société. Chaque société aura une articulation différente.

5.5.3 De quelques valeurs centrales dans nos sociétés

La liberté

Cette valeur est au coeur des systèmes démocratiques. Elle s’est forgée au fil des luttes, et s’est imposée au 18ème. Elle symbolise le droit de diriger sa destinée. Cette valeur inspirera des règles et des lois pour la contrôler, de manière à sauvegarder la liberté d’autrui.

Attention, liberté n’a pas le même sens dans toutes les classes sociales ou systèmes idéologiques, mais tous s’en réclament pour défendre leur intérêts et aspirations. Elle a d’ailleurs favorisé le développement de valeurs « connexes » très importantes, comme l’individualisme, l’épanouissement personnel, les loisirs, l’amour, la participation, …

Certaines contre-valeurs de notre société peuvent aussi découler de la liberté (écologisme, …)

L’égalité

En réaction aux excès de la liberté, la valeur égalité s’est développée et affirmée. Développée signifie qu’elle est passée d’égalité pure à égalité des chances, puis universalité des droits,…

L’efficacité

Cette valeur a été à la fois la condition du progrès économique et technique et sa conséquence. Elle appartient à l’idéologie technocratique.

Le travail

La valeur travail a été le pilier principal du développement économique et technique de nos sociétés. Elle peut être sous-tendue par des valeurs culturelles (religieuses par exemple, comme le protestantisme). Son accentuation dans nos sociétés a été accompagnée d’autres valeurs connexes, pouvant avoir des impacts plus ou moins importants selon les sociétés.

5.5.4 La coexistence de valeurs différentes

A l’intérieur d’un même système, peuvent exister des valeurs sociales en contradiction avec les valeurs centrales et qui se posent en quelque sorte en « alternative » à leur égard. La contre-valeur s’opposant à la propriété privée : la propriété collective. Il nous faut donc considérer le problème de la coexistence de valeurs différentes, parfois opposées, à l’intérieur d’une même société. Cette coexistence peut être sociologiquement possible car :

· Le plus souvent, les valeurs sont hiérarchisées autour des valeurs centrales. S’il y a contradiction, celles-ci et les institutions qui les incarnent sauront imposer une cohérence.

· La coexistence de valeurs opposées est facilitée par le fait qu’elles sont isolées les unes des autres, la structure même de la société garantissant cette séparation.

· La tolérance peut être érigée en valeur. La société différenciée se reconnaît comme pluriculturelle et assume les différences comme des composantes spécifiques.

· Des valeurs différentes peuvent s’exprimer à la limite de la déviance, mais être tolérées par le système comme des « soupapes de sécurité ».

· Il ne faut pas négliger les dérisions, qui effacent les différences et permet à la société de tolérer des valeurs contraires à ses valeurs centrales.

Gurvitch avait proposé le concept d’ambivalence pour les situations où la société semble osciller entre des valeurs contradictoires.

5.5.5 Les contradictions culturelles du capitalisme : la thèse de Daniel Bell

A l’opposé de certaines théories qui voient la société comme unifiée, Bell développe l’idée d’une société capitaliste qui se développe en puisant à des valeurs très distinctes. Les divergences de ces valeurs sont telles qu’elles alimentent des tensions et des conflits spécifiques en nos sociétés.

La sphère technico-économique: L’efficacité au moindre coût, le rendement maximum, la rationalité fonctionnelle sont les principes de base régissant la sphère de l’organisation de la production et de la répartition des biens et services. Ces principes règlent la stratification sociale et l’usage qui est fait de ces techniques. La structure fondamentale de cette sphère est hiérarchisée et bureaucratique. Le changement est induit par la recherche d’un meilleur rendement. L’autorité y appartient à un rôle, et donc les individus y sont assujettis. Peu de liberté: Efficacité

La sphère politique

Elle possède le monopole de la force et s’occupe aussi de la régulation des conflits. Sa légitimité repose sur les valeurs « égalité » et « liberté ». Les structures fondamentales reposent sur les principes de la représentation et de la participation. Les aspects inhérents à l’administration peuvent être technocratique (et donc calqués sur la sphère technico-économique), mais l’action politique est aussi fondée sur le compromis, la conciliation, l’arbitrage.

La sphère culturelle

La sphère culturelle est dominée par la valeur épanouissement personnel. L’amélioration des conditions de vie fait que la culture peut être similaire dans différentes couches de la société. Si l’évolution de la sphère technico-économique est linéaire (un meilleur procédé remplace l’ancien), celui de la culture s’emprunte partout, effectue des tours et détours.

Pour Bell, au départ de ces 3 sphères qui s’appuient sur des systèmes de valeur distincts, il y a des tensions structurelles importantes :

· Tension entre une structure sociale bureaucratique et hiérarchique liée à la sphère économique et une structure politique qui croit formellement à l’égalité et à la participation.

· Tension entre une structure sociale organisée en termes de rôles et de statuts et une culture fascinée par l’épanouissement du moi.

Bell fait de cette disjonction des sphères une caractéristique fondamentale des sociétés capitaliste moderne.

Il soutient aussi que la sphère culturelle ne peut être tout à fait changée, car les gens, en changeant la culture, ne font que choisir parmi des codes qu’ils agencent de manière différente. Et lorsque la culture exprime une rébellion face à une situation d’oppression ou de dépendance, la société aura tendance à diminuer la déviance par divers procédés de légitimation.

5.6 Les idéologies

Les idéologies sont des systèmes cohérents de valeur se rapportant à la situation d’un groupe ou d’une société qu’elles servent à décrire, expliquer, défendre, interpréter, ou justifier et tente d'unifier. Processus d'hégémonie: les intérêts particuliers d'un groupe s'imposent à l'ensemble de la société.

Point de vue psychosociologique, les idéologies se marqueront au travers d’ensemble d’attitudes, d’idées, de jugements, de croyances plus ou moins explicites et organisés. Les idéologies présentent certaines caractéristiques spécifiques :

· Elles accusent l’identité du groupe et favorisent la solidarité du groupe, souvent en camouflant les différences.

· Elles veulent expliquer et présentent donc une rationalité intellectuellement satisfaisante au plan superficiel, souvent au travers de dogmes ou de doctrines.

· Elles expriment toujours des intérêts, des enjeux spécifiques à des troupes.

· Elles font appel à des états psychologiques forts, mais souvent latents. Elles favorisent l’anxiété due aux changements sociaux, favorisent l’agressivité envers les autres groupes, et elles entraînent des divisions face à d’autres groupes, sociétés.

Selon les types de groupes qui les portent, on peut classer les idéologies :

· Selon qu’elles expriment des valeurs de la société globale ou d’un groupe

· Selon la place du groupe, du sous-ensemble, de la société, de son statut par rapport au système de pouvoir.

· Selon les moyens d’action privilégiés.

· Selon le type d’objectifs et de changement qu’elles préconisent (de gauche, de droite, …)

Statut des idéologies dans les diverses orientations théoriques:

Selon les orientations théoriques, le statut épistémologique des idéologies varie. Marx voit les idéologies comme des fausses consciences, alors que Mannheim superpose leur analyse à la sociologie de la connaissance puisqu’elles contiennent toutes les assertions (vraies ou fausses).

5.7 Les attitudes

5.7.1 Définition – Fonctions psychologiques

Ce concept appartient à la psychologie sociale. Il s’agit d’une disposition à réagir face à une situation déterminée. Néanmoins, elle est en quelque sorte une variable inférée puisque c’est au travers de comportements qu’on déduira l’existence d’une attitude.

Elles traduisent, sur le plan individuel, les valeurs et les normes du groupe et de la société. Les attitudes assurent certaines fonctions sur le plan des personnalités individuelles :

· Ajustement, intégration au groupe d’appartenance ou au groupe de référence.

· Expression de soi, extériorisation d’une image de soi.

· Défense contre les menaces extérieures.

· Cognition dans la mesure où elles offrent des cadres de référence pour comprendre des situations nouvelles.

Les attitudes présentent une certaine stabilité qui dépendra de leur degré de consistance, de cohérence, et d’intensité. Cette inertie peut durer, même si les stimuli extérieurs changent, mais elles peuvent aussi donner lieu à des évolutions spectaculaires dont l’ampleur ne se justifie pas au niveau des faits. De plus, les attitudes peuvent coexister, que certaines soient novatrices et d’autres complètement désuètes. Un certain nombre de mécanismes rendent compte de ces caractéristiques.

5.7.2 Les mécanismes particuliers des habitudes:

5.7.2.1 Les phénomènes de perception

Les phénomènes de perception, et la cognition en général, entretiennent des rapports complexes avec les attitudes. Car la perception n’est pas neutre, elle sélectionne les informations pour n’en retenir que certaines. Les seules informations retenues seront celles qui ont un sens, c’est-à-dire à propos desquelles des attitudes préexistent. La réalité perçue est celle qui correspond aux attentes, aux désirs, aux craintes exprimées par les attitudes. Par cette perception sélective, les attitudes se renforcent elles-mêmes. Cela assure leur stabilité. La dissonance cognitive

5.7.2.2 Les supports au plan du langage

Les attitudes sont véhiculées par le langage. Certains processus particuliers en constituent des supports privilégiés :

· Les stéréotypes (représentation)

· Les systèmes de signification (en esquimaux 35 mots pour blanc: nuance)

· Des clichés affectifs (réaction face a un deuil)

· Des moules préétablis

· Des préliaisons (association automatique entre certains concepts)

 

 

5.7.2.3 Les phénomènes de rumeurs

Phénomènes complexes, convictions qui ne viennent de nulle part, se propageant follement, mais qui peuvent avoir des répercussions très importantes sur les comportements et la vie sociale. Elles entretiennent des rapports étroits avec les attitudes. La rumeur se nourrit de sources qu’elle va alimenter ensuite. Elle se nourrit d’attitudes.

5.7.3 Les attitudes et les structures sociales

Les attitudes, outre leurs fonctions psychologiques, expriment des appartenances à des groupes. L’attachement à son groupe et le rejet des autres gouverne le développement de la plupart des attitudes. Les plus caractéristiques sont les préjugés.

Tous les préjugés ont le même support, l’ethnocentrisme (le sentiment de supériorité de son groupe) et l’hétérophobie (peur envers ceux qui sont différents). Rappelons néanmoins que le rejet des autres facilite aussi le sentiment d’appartenance et la solidarité à l’égard des siens.

5.8 Les signes et les symboles:

Toute la vie sociale baigne dans les signes et les symboles. Un symbole tient la place d’autre chose. Dans tout signe ou symbole, il y a 4 éléments :

· Un signifiant symbole proprement dit qui tient la place de quelque chose d’autre

· Un signifié ce quelque chose dont le signifiant tient lieu

· Une signification rapport entre le signifiant et le signifié, qui peut être naturel, mais sera surtout conventionnel dans la vie sociale

· Un code qui définit précisément les liens entre signifiant et signifié

Déjà la vie animale est plein de rituels, de symboles, mais notre vie sociale en est une énorme extension : les mots, les concepts, les signes mathématiques,… On remarquera aussi que les signes et symboles inhérents à la vie sociale ne s’apprennent que par la socialisation et sont d’une variabilité extraordinaire.

Notons que les signes et les symboles jouent un rôle important dans la formation des aspirations. C’est lorsque des images se fixent, qu’elles prennent des valeurs symboliques d’amélioration des statuts, alors elles deviennent des besoins-aspirations engendrant des

désirs. La communication et la participation sont assurées par les signes et les symboles. Tous les symboles y participent, mais certains sont plus liés à l’un qu’à l’autre.